Exploitation de la forêt : un équilibre précaire avec ses fonctions récréatives et écologiques

Albertville

U

ne piste de débardage va être créée dans la forêt de Rhonne. Ne craignez-vous pas que son exploitation défigure ce lieu de loisirs ?

L’idée, c’est que par ces pistes-là, on permette l’exploitation. Pourquoi exploiter ? Économiquement, c’est lié à la filière bois qui représente 400 000 emplois en France et à la valorisation d’une ressource naturelle localement. Pour alimenter la chaufferie d’Albertville, il faut du bois.

Est-ce qu’on privilégie du bois de plaine par exemple du Beaujolais qui coûte moins cher ?

Le sujet c’est de dire quel est l’impact de l’exploitation sur les autres fonctions de la forêt : l’accueil du public, l’environnement... Notre objectif, c’est de marier les différents enjeux et de permettre toutes les fonctions.

Justement, comment gérer vous cette dichotomie entre le souhait de la population d’utiliser du bois local pour les chaufferie et la non acceptation des coupes dans le paysage ?

C’est une question d’acculturation. On est dans une société où on a très vite un avis sur beaucoup de choses. On ne voit dans le forêt qu’une fonction récréative. On veut qu’elle nous apporte un paysage vert figé. On ne veut pas qu’il évolue.

La solution, c’est de sensibiliser les élus, les emmener sur le terrain, leur expliquer pourquoi on exploite.

Pourquoi seulement les élus, ne faut-il pas convaincre en priorité le grand public ?

Nous ne sommes pas un OT. Notre objectif est que la société évolue sur la compréhension de l’exploitation forestière. Une fois qu’on a sensibilisé les élus, c’est à eux de prendre les rênes. Même si on essaye de leur proposer des visites en forêt avec le grand public. D’ailleurs, on a fait, cet été, un jeu de piste forestier qui expliquait pourquoi on exploite le bois.

Pourquoi justement ?

Pas pour gagner de l’argent. Le bois avant, engendrait des ressources importantes, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il y a une enjeu environnemental : la chaufferie d’Albertville, je vais l’alimenter avec du bois de la commune. Le principe est de valoriser un patrimoine local. D’autant que les recettes de l’exploitation du bois peuvent être réinvesties pour l’accueil du public, dont le coût des aménités ne cesse d’augmenter. Souvent, on pense que la forêt a besoin de l’homme. Pas du tout, elle pousse toute seule. C’est l’homme qui a besoin de la forêt. Cette dernière a une fonction sociale (récréative) et environnementale (elle accueille beaucoup de faune et de flore endémique) et protectrice (éboulement, avalanche...).

ENTRETIEN REALISE PAR VIRGINIE PASCASE