«Pour ses parents, Thomas Rauschkolb fuyait quelqu’un, qui pouvait être Nordahl Lelandais»

Pourquoi cette action en justice ?

Les parents m’avaient demandé de trouver une solution pour avoir accès au dossier parce que, eux, étaient convaincus que leur fils fuyait quelqu’un et que ça pouvait être Nordahl Lelandais, parce qu’on savait qu’il fréquentait la boîte. Ce qui a précipité le dépôt de la plainte, c’est les déclarations de cette fameuse Karine [dans le Parisien du 14/10, NDLR], qui est une ancienne compagne de Nordahl Lelandais. Elle a dit que, deux jours avant le décès de Thomas Rauschkolb, il y avait eu une rupture amoureuse entre elle et Lelandais et qu’il était particulièrement violent. Elle fait le rapprochement avec le dossier d’Arthur Noyer en disant qu’il s’est passé la même chose deux jours avant sa disparition.

On expose les indices que l’on a, on ne dit pas que c’est Lelandais. On dit bien que c’est une piste qu’il faut explorer et que, si les déclarations de cette Karine sont avérées, il faut ouvrir cette porte complètement.

Les parents ne croient pas à un accident. Pour quelles raisons ?

Il y a d’autres indices qui font qu’ils n’ont jamais cru à cette thèse. Entre le 26 et le 27 décembre, on est dans une région où il fait froid, Thomas Rauschkolb a quitté la boîte de nuit en laissant sa doudoune à l’intérieur des vestiaires. Et, il a couru dans le sens contraire de son domicile qui n’était qu’à quelques centaines de mètres. Visiblement, il fuyait quelqu’un. On n’a retrouvé qu’une seule chaussure et sa ceinture était accrochée à un grillage.

On voit bien qu’il a franchi deux obstacles : un portail en bois, qui est assez haut, et le grillage, qui est assez costaud, surmonté d’une clôture avec des piquets métalliques. Si l’on en croit les enquêteurs, il aurait franchi ce second obstacle et se serait retrouvé en contrebas, à 15 mètres à pic, au pied du Sierroz. Quand on voit les lieux, ça ressemble étrangement à ce qu’ont pu vivre Arthur Noyer et Maëlys. C’est quand même troublant.

En principe, quand on enlève la ceinture d’un pantalon dans la nature, c’est soit pour se défendre, soit parce qu’elle est restée accrochée parce qu’on a jeté le corps par-dessus cette clôture.

A quels éléments du dossier souhaitez-vous en particulier avoir accès ?

Je pourrais voir pourquoi il n’y a pas eu d’autopsie. Je fais confiance aux enquêteurs, s’ils n’en ont pas fait, c’est qu’ils avaient une bonne raison de ne pas en pratiquer. Mais, s’ils n’ont fait ça que de manière superficielle, c’est grave parce que des fractures liées à la chute, c’est une chose, mais il peut aussi y avoir des fractures internes qui sont liées à des coups.

Si l’on n’a pas poussé les investigations à ce niveau-là alors qu’il y a des doutes, ça va changer l’histoire. Les parents me l’ont demandé, même si ça leur fera mal, on sollicitera alors l’exhumation du corps pour faire pratiquer une autopsie. On ne pourra pas laisser cet enfant dans le cercueil sans connaître la manière dont il est décédé. Il faut avoir des certitudes, pas des soupçons.

Pour l’instant, vous déplorez un manque d’informations dans cette affaire ?

J’ai un dossier vide, on n’a rien. Les parents veulent être tenus informés, pas connaître le détail des investigations. Ils se battent comme des lions depuis quatre ans, ils essaient d’intéresser la presse. Il se trouve qu’au gré de la déclaration de cette Karine, on peut peut-être faire avancer les choses. Pour eux, c’est une lueur d’espoir importante.

Que va-t-il se passer maintenant?

L’avocat des parents de Thomas Rauschkolb a envoyé sa plainte par courrier mardi 15 octobre 2019 auprès du doyen des juges d’instruction de Chambéry. Il attend désormais de savoir si le juge demande le versement d’une somme d’argent, appelée consignation, qui peut être sollicitée comme une garantie de paiement d’une éventuelle amende future, au cas où la plainte s’avérerait abusive, sinon sera rendue à la fin de l’enquête. «  J’ose espérer que la justice n’osera pas réclamer à Monsieur et Madame Rauschkolb une quelconque consignation », réagit Maître Boulloud. « Selon le montant, s’ils veulent et peuvent la payer, ils payeront. » Ensuite, la plainte serait transmise au parquet de Chambéry, qui devrait fournir ses observations au doyen des juges d’instructions. Il y aura alors une désignation d’un ou deux juges d’instruction pour reprendre les manettes de l’enquête sur la mort du jeune homme.

L’affaire avait été classée sans suite en 2017, puis relancée

Le Studio 54, où Thomas Rauschkolb avait passé sa dernière soirée, a aujourd’hui disparu. Il est remplacé par Le Pure, route des Bauges à Grésy-sur-Aix.

Thomas Rauschkolb, 18 ans, a été retrouvé mort le 28 décembre 2015, sur les berges de la rivière le Sierroz, non loin d’une discothèque de Grésy-sur-Aix, « Studio 54 » (elle a depuis fermé et été remplacée par « Le Pure »), où il avait passé la soirée. L’enquête menée à l’époque avait conduit à un classement sans suite de l’affaire pour mort accidentelle en 2017.

Une photo intrigante de Nordahl Lelandais

Mais, des investigations ont repris depuis. Parmi les nouveaux éléments, la diffusion d’une photo en mai 2019, obtenue par le père de Thomas Rauschkolb,où l’on aperçoit Nordahl Lelandais en 2012 dans la même boîte de nuit. Selon l’avocat de la famille, Maître Bernard Boulloud, « les enquêteurs ont rouvert avec le parquet l’information judiciaire qui avait été classée sans suite auparavant ».

Par ailleurs, selon le journal le Parisien, ce dossier fait partie des 40 affaires non-élucidées étudiées par la cellule Ariane de la gendarmerie, qui enquête sur le meurtrier présumé du caporal Arthur Noyer et de la petite Maëlys. Aujourd’hui, Nordahl Lelandais est mis en examen pour ces deux crimes, mais pas pour le décès de Thomas Rauschkolb.