Un touriste frôle la mort sur une via ferrata de La Chapelle-d’Abondance : le guide s’explique au tribunal

Une accroche, scellée à la paroi et montée à l’envers, est à l’origine de l’accident.
Une accroche, scellée à la paroi et montée à l’envers, est à l’origine de l’accident. - (Photo d’illustration : lachapelle74.com)

Une erreur qui aurait pu être fatale. Voici pourquoi un jeune aspirant guide de la vallée d’Abondance était jugé mardi 15 octobre au tribunal de Thonon-les-Bains. A 23 ans, le stagiaire comparaissait pour blessures involontaires. En effet, lors d’une sortie sur la via ferrata Les Saix de Miolène à La Chapelle-d’Abondance encadrée par le Chablaisien, un touriste parisien a fait une chute de 25 mètres en août 2018.

« Il avait peur du vide »

« Il a été hospitalisé durant plusieurs mois : il souffrait de multiples fractures aux vertèbres, aux côtes, aux chevilles, détaille Annabelle Le Texier, la présidente du tribunal. Il a dû porter un corset plusieurs semaines et un plâtre pendant 45 jours. » Lors de cette activité, le vacancier fait partie d’un groupe de huit personnes. « Leurs témoignages racontent qu’il avait peur du vide, qu’il avançait doucement et que ses jambes tremblaient », poursuit-elle.

Pour cette raison, l’aspirant guide décide d’évacuer le participant paniqué par ce qu’on appelle «une échappatoire« avant que le groupe ne s’avance davantage sur des parties plus escarpées. Il a déjà effectué une vingtaine de sorties sur ce parcours, mais n’a jamais emprunté cet accès pour évacuer un participant. Il attache alors l’homme à une accroche fixée à la paroi avant de lui demander de s’asseoir dans le vide afin de commencer la descente. C’est à cet instant que la victime tombe à pic.

« J’ai fait les choses machinalement »

L’enquête montre que l’accroche utilisée par l’encadrant était montée à l’envers. « Il s’agit d’un système qui est scellé à la paroi », indique le jeune homme. Le tribunal lui reproche de ne pas s’être rendu compte de cette erreur et d’avoir utilisé du matériel qui ne pouvait assurer la sécurité du touriste. « Je n’ai pas constaté que l’accroche était à l’envers. Je pense que j’ai fait les choses machinalement ; je devais gérer le groupe et ce monsieur. J’étais concentré sur les personnes », s’est expliqué l’aspirant guide. « Il sait qu’il a failli à sa tâche », réagit l’avocate de la victime.

Etienne Moreau, le substitut du procureur assure aussi qu’il a commis « une faute grave » et c’est pour cette raison qu’il a requis 12 mois de prison avec sursis. Face à lui, maître Xavier Chantelot, l’avocat du mis en cause, a demandé la relaxe. « La montagne est devenue un Luna Park géant où viennent des gens qui n’ont pas toujours les capacités pour faire des activités comme la via ferrata », a-t-il expliqué. Il a également appuyé sur le fait que « la faute est indirecte ». Le délibéré sera rendu le 26 novembre.