Passoires thermiques : nos stations dans le rouge

Morzine-Avoriaz compte 73 % de passoires thermiques, selon l’étude de la société Heero.
Morzine-Avoriaz compte 73 % de passoires thermiques, selon l’étude de la société Heero.

Une récente étude souligne le fort taux de logements qualifiés de passoires thermiques, c’est-à-dire des logements classés F ou G, dans nos stations. Et depuis le début de l’année, certains de ces logements sont dans l’interdiction d’être loués. Décryptage.

C’est quoi cette étude ?

Elle a été réalisée par Heero, entreprise spécialisée dans la rénovation énergétique. Elle a établi le classement de 70 stations de ski françaises en fonction de la performance énergétique de leurs logements. Les passoires thermiques sont des habitations dont le diagnostic de performance énergétique (DPE) est classé F ou G, car elles consomment plus de 330 kWh/m2 et par an. Souvent mal isolés et/ou anciens, ces logements demandent davantage d’énergie pour être convenablement chauffés.

Attention cependant, l’étude a ses limites. En effet, elle se base sur les DPE mis en place en 2006 et obligatoires lors d’une vente. Ce qui signifie que le parc immobilier des différentes stations étudiées n’a pas été entièrement représenté. Par exemple, à Châtel, 718 diagnostics ont été recensés depuis 2006, soit 14,1 % du parc immobilier. Même si les logements audités sont variés, il est nécessaire de garder une certaine distance avec la représentativité des résultats.

Pourquoi les logements en station sont-ils moins performants ?

En termes de résultats, les stations chablaisiennes sont très mauvaises élèves. Selon l’étude, c’est Thollon-les-Mémises qui arrive en tête, avec 75 % de logements classés F ou G. Morzine-Avoriaz en compte 73 %, Châtel, 68 % et Les Gets, environ 52 %. A titre de comparaison, la moyenne nationale, toutes communes confondues, est de 17 % de passoires thermiques selon la même étude. A Thonon-les-Bains, parmi les logements diagnostiqués, 17 % sont considérés comme des passoires thermiques.

Comment l’expliquer ? Les stations ont pour la plupart été construites avant les années 1970, et il n’existait à ce moment-là aucune contrainte réglementaire de performance.

Que vont devenir ces passoires thermiques ?

La loi Climat 2019 prévoit l’interdiction de location pour les logements consommant plus de 450 kWh/m2 (les plus énergivores de la classe G) dès cette année 2023. Concrètement, dès qu’un appartement sera de nouveau sur le marché de l’immobilier, il ne pourra pas être reloué sans être rénové. Cette interdiction concerne, pour l’heure, uniquement les locations longue durée, c’est-à-dire avec un bail d’au moins 5 mois. En 2025, l’ensemble des logements classés G seront frappés par l’interdiction et, à partir de 2028, ceux classés F.

Si les habitations touristiques sont épargnées pour l’instant, l’inquiétude monte du côté des propriétaires et des collectivités, notamment au sujet des saisonniers. « On ne sait pas encore trop à quoi s’attendre », indique Chantal Bourreau, responsable du point accueil saisonnier à Montriond. « Actuellement les logements visés sont occupés. Mais c’est l’hiver prochain qui nous inquiète. Il faut trouver une solution. Si on ne loge pas les saisonniers dans ces appartements, on les met dehors ? », interroge-t-elle, dans un contexte où l’hébergement des travailleurs est une grosse problématique dans les stations du Chablais. « Et puis ce n’est pas simple pour les propriétaires de rénover. Tous n’ont pas forcément les moyens, certains ont en plus besoin de l’accord de la copropriété. Ça va favoriser les locations au noir, augmenter les logements vacants, et tendre le marché de l’immobilier. Parce que ceux qui seront aux normes pourront mettre les prix qu’ils veulent. Ce qui veut dire qu’on va manquer encore plus d’hébergement, analyse Chantal Bourreau. Cette loi, on ne la comprend pas. »

Comment calcule-t-on la performance énergétique d’un logement?

Le DPE (Diagnostic de performance énergétique) est obligatoire en cas de vente ou de mise en location d’un bien immobilier. Il est réalisé sur place, et permet d’évaluer la performance énergétique du logement, en s’appuyant notamment sur le descriptif des équipements de production de chaleur, de ventilation, de climatisation, d’eau et d’éclairage. Sont également compris dans l’analyse, les caractéristiques de l’isolation du bâtiment, la description du logement avec notamment des informations comme le département où il se situe, l’altitude, l’année de construction, l’orientation, etc. La consommation réelle du logement lors des 3 dernières années à partir des relevés fournis par le propriétaire est évaluée.

Toutes ces données permet de classer le logement dans une des 7 classes énergétiques définies par le DPE en vigueur depuis 2021 : de A (la plus performante) à G (la moins performante).