Tignes : tous contre un et un contre tous ?

L’alcool ne réussit pas à Maël.
L’alcool ne réussit pas à Maël. - Photo Pixabay Alexa

Ses addictions lui ont dessiné un casier et lui valent une comparution prochaine aux assises pour viol. Ce jour à la barre, il répond de vol, dégradation et violence avec menace d’une arme. « Le 22 octobre, raconte la juge Anne Chambellant, vous sortez alors qu’il vous est interdit de fréquenter les débits de boisson. » Maël vient d’arriver dans la station, de signer un CDI et prétend-t-il, « je voulais me sociabiliser ».

À 19h30, il commence à boire et fumer avec des connaissances dans un bar, se fait virer, fréquente d’autres cafés... revient bien plus tard, bien plus émêché, à l’assaut du premier qui l’a éconduit. Le gérant persiste.

Maël subtilise une bouteille, se fait pincer, expédier sans ménagement. Il rentre chez lui et reçoit un coup de téléphone du gérant qui l’accuse d’avoir également volé une console de jeux et des manettes. L’insulte. Le prévenu n’apprécie guère et décide de ressortir pour régler la situation. Selon les témoins, ce retour coïncide avec le bris d’une vitre et des coups de couteau administrés au gérant.

Selon Maël à la barre  : « On m’a frappé, je suis tombé dans les pommes et quand je me suis réveillé, on m’a sommé de rentrer chez moi. Je n’ai ni brisé la vitre, ni donné des coups de couteau. » « Le gérant a pourtant les traces des coups », remarque la juge. « Il a pu se les faire tout seul pour m’enfoncer. » « Plusieurs personnes affirment avoir vu l’arme  ? » « Ils ont inventé, ils se connaissent tous. »

« Je bois pour me calmer »

Avant de céder la parole au procureur Jean Ailhaud, la juge aborde la personnalité de Maël, sa licence en ingénierie environnementale, le CDI qu’il vient de signer pour 2 200 € par mois. Son casier qui commence à s’épaissir, et cette addiction aux stups et à l’alcool  : « Je suis speed, anxieux, je bois pour me calmer. La prison m’a mis une claque. »

Le procureur s’étonne  : « Le prévenu affirme qu’il va tout faire pour que ça aille mieux, dit qu’il est de bonne foi, mais après sa précédente condamnation, a refusé les soins et n’a pas indemnisé les victimes. Les violences sont corroborées par le patron du bar. Je requiers 6 mois de prison, la révocation des 8 mois du sursis probatoire et son maintien en détention. »

Maître Peirera assène  : « Dans ce dossier, on essaie de l’enfoncer, de battre monnaie et de l’empêcher de rester à Tignes. La victime affirme que sa vitre est brisée, mais dans ses demandes d’indemnités, produit une facture pour un anti-graffiti... Ses plaies sont superficielles et aucune attestation ne les confirme, soyons sérieux  ! »

Maël a été reconnu coupable et condamné à 6 mois de prison et la révocation de 2 mois de son sursis probatoire. La juge s’est déclarée favorable à un aménagement de la peine.

J.F