Montagny: le litige entre voisins dégénère, il lui tranche le coude avec sa faux

La victime a dû être hospitalisée une journée et se faire poser 18 points de suture.
La victime a dû être hospitalisée une journée et se faire poser 18 points de suture.

Les faits se sont déroulés le 17 mai 2022 : les gendarmes sont informés d’une agression commise avec l’usage d’une faux. Sur place, ils découvrent une femme avec une plaie au coude. Hospitalisée, la mère de famille subit 18 points de suture. C’est beaucoup, mais bien peu en regard du traumatisme vécu. Le juge Belperron raconte : « Le prévenu a vendu une partie de sa propriété à la famille de la victime. Depuis, il existe un litige sur la copropriété : pour lui, il y a eu un détournement d’argent pour un montant de 5000 €, pour eux une erreur dont ils se sont rendu compte. Ce 17 mai, le père de famille se rend chez son voisin pour la rectifier avec un chèque de quelques centaines d’euros. Le prévenu, qui est en train d’affûter sa faux n’est pas satisfait, le ton monte et pour éviter la bagarre, la victime s’interpose. Dans la bousculade, elle a le coude profondément tranché ». « La colère m’a pris car j’ai été arnaqué pendant 6 ans, lâche Marcel. Depuis que je leur ai vendu une partie de la propriété, c’est tendu. Madame est une provocatrice, une fouteuse de merde ». Devant le ton péremptoire du papy, le juge s’emporte « Restez poli ! » Puis lui fait remarquer « vous réglez donc vos problèmes à coups de faux ? Vous avez failli la tuer ! » « Je n’aurais pas dû faire ça, mais j’ai patienté pendant 6 ans ! » «  Il existe des juges pour régler des litiges entre voisins, indique le magistrat » « Je pensais que ça se réglerait comme ça. C’est normal que je défende mon beefsteak ». « Elle aurait pu être égorgée et vous auriez passé le reste de votre vie en prison ! »

« Nous sommes partis pour la sécurité de mes enfants »

Marcel ne se démonte pas : « Depuis qu’ils sont partis, ça va très bien, il n’y a plus de problème ». « Oui, confirme la victime, pour la sécurité de mes enfants, nous sommes partis le lendemain, mais nous sommes toujours propriétaires des lieux ». « Et les dégâts sur la copropriété, s’agace de nouveau Marcel, qui va les payer ! » « Stop, assène le juge, je n’ai pas été saisi pour ça mais pour régler les dégâts commis sur madame ! »

L’avocate de la victime, Maître Falda-Buscaiot s’émeut : « Sa colère pour un litige dont on ignore s’il existe ou pas me glace le dos, je suis très inquiète pour la suite. Cette scène digne d’un film d’horreur aurait pu avoir des conséquences dramatiques. Devant les enfants, avec sa faux, le prévenu a fait mine de trancher la gorge de madame et menacé monsieur. »

La procureure Anne Gaches interpelle Marcel et l’invite à regarder la photo des blessures. Il décline d’abord puis y jette un coup d’œil après y avoir été sommé : «  Je l’ai déjà vue, ça ne me choque pas ». « Il est incroyable que le tribunal ait été contraint de vous rappeler deux fois à l’ordre ! Quand l’on est votre voisin, voilà ce que l’on risque. Je suis partagé entre la colère et la stupéfaction face à votre entêtement, vous ne semblez pas vous rendre compte que nous aurions pu être devant une cour d’assise ! » La représentante du parquet requiert 6 mois de prison avec sursis probatoire 24 mois ainsi qu’une série d’obligations et l’interdiction de détenir une arme.

Marcel le reconnaît, « ça n’aurait pas dû se passer comme ça ». 5 secondes d’excuses. Puis, pendant de longues minutes, il repart dans ses récriminations à l’égard de ses voisins.

Le jugement

« La colère n’étant pas bonne conseillère, le jugement est mis en délibéré au 19 octobre, choisit le juge Belperron ». Dans la salle, la victime est effondrée… et la situation semble si tendue que la procureure de la république prend une décision rare dans cette enceinte : elle fait venir une voiture de police pour escorter les victimes jusqu’à leur voiture puis sur une partie de leur trajet.