Mijoux : Muriel Lapeyrère 7e au championnat du monde des confitures !

Muriel Lapeyrère présente ses créations au denier marché nocturne de Gex.
Muriel Lapeyrère présente ses créations au denier marché nocturne de Gex.

Deux confitures maison, une recette traditionnelle contenant deux fruits (poire guyot et ananas) et une recette insolite (mangue, ananas, citron vert, coriandre, vanille), ont placé Muriel Lapeyrère à la 7e place mondiale des confiturières. Elle a aussi reçu le premier prix des exposants lors de la présentation des trophées aux Confituriades 2022 de Beaupuy (Lot-et-Garonne), avec une confiture myrtille, cassis et citron vert.

Arrivée dans la vallée

« Je suis arrivée à Mijoux il y a 34 ans pour travailler à l’hôtel de la Vallée comme serveuse. Je suis originaire de Saône-et-Loire. Comme j’étais au chômage il fallait que je fasse quelque chose. Au fil du temps les saisons ont diminué, et malheureusement le père de mes enfants est tombé malade. Il a fallu changer d’orientation professionnelle et je suis rentrée comme auxiliaire de vie à l’ADAPA (2002). J’ai choisi le secteur du pays de Gex, parce que Mijoux dépendait de Bellegarde et je n’avais pas envie d’aller jusque là-bas. C’était trop loin j’avais des enfants en bas âge » raconte Muriel.

Une approche bénévole

« J’ai commencé les confitures avec le sou des écoles. Puis j’ai fait de l’artisanat dans l’association les Maries Copines. Ensuite, la CONVIE est arrivée. Pendant le confinement, j’ai eu plus de temps pour développer l’activité », continue-t-elle.

Au début, Muriel et ses enfants ramassaient eux-mêmes les fruits dans les vergers de ceux qui voulaient bien les donner. D’où le nom « Maraude compagnie » donné à sa structure, un petit clin d’œil aux « glaneurs » de fruits.

« Vu la production que j’ai maintenant, je m’adresse à des producteurs. Pour mon label « Saveur de l’Ain » que j’ai reçu début 2020, j’ai droit aux producteurs limitrophes : Haute-Savoie, vallée du Rhône et Jura » explique Muriel.

En famille

« J’ai deux filles de 34 et 26 ans, ma deuxième fille a fait des études de en communication. Elle m’aide en s’occupant des réseaux sociaux et en créant le logo et les étiquettes. Comme ça, ça me laisse le temps de produire. J’ai augmenté ma production de 1 000 à 7 000 pots. Je me suis associée en 2020, au magasin fargeois les Trois petits fermiers. »

On trouve ses produits dans des grandes surfaces gessiennes, dans des magasins spécialisés, dans certains restaurants au petit-déjeuner…

Sa recette

La recette de Muriel : des fruits frais (pas de congelé), très peu de sucre, beaucoup d’huile de coude (cuisson lente, parfois plusieurs cuissons) et des chaudrons en cuivre. Ensuite, des mélanges subtils, parfois un choix d’épice : cardamone, gingembre ou vanille. « Il faut faire attention avec les épices, car elles continuent à travailler même en pot, il faut savoir ne pas trop en mettre !  »

Plus d’infos

Le maraudage, ou le fait de dérober des fruits, récoltes, légumes quand ils ne sont pas encore détachés du sol (sans la permission des propriétaires) est un délit.

Du traité des confitures de Nostradamus

Les confitures, c’était aussi une médication.
Les confitures, c’était aussi une médication.

Les confitures ? c’est avant tout un moyen de conserver des fruits fragiles (fraises, framboises, abricots, mûres). Des recettes de conservation utilisant du miel ou du vin cuit datent de Pline l’Ancien, au tout début de l’ère chrétienne. Au moyen âge, le sucre tiré de la canne à sucre est ramené en Europe par les chevaliers des Croisades. Au XVIe siècle, les confitures sont mises au goût du jour par François 1er. Ainsi, en 1555, Nostradamus, docteur en médecine, publie un traité sur les confitures, qui étaient à l’époque largement utilisées dans la pharmacopée arabe. Produit de luxe, réservé aux nantis, les confitures se banalisent au XIXe siècle, quand le sucre de betterave ? bien moins cher à produire, se développe.

Nostradamus propose ainsi dans son fameux traité, le sirop laxatif à base de roses rouges, une recette de confiture de courges pour le foie ou une autre a base de l’écorce de buglosses qui permet de rajeunir.

Il présente aussi les méthodes de cuisson, comme l’utilisation de chaudrons larges et plats en cuivre. Large et plat pour mieux faire évaporer l’eau, en cuivre pour diffuser la chaleur de manière constante. Plus tard la chimie moderne expliquera que le cuivre sous forme ionique (Cu2+) favorise la coagulation de la pectine des fruits. De nos jours, les confituriers amateurs et les industriels préfèrent ajouter plus de sucre, de la gélatine (agar-agar) et moins de fruits. Ainsi on nous a habitué à un goût et une texture standard qui font de la confiture un aliment de peu d’intérêt. Elles contiennent beaucoup de glucides et un peu de fibres.

Retrouver la texture, le goût d’antan et le plaisir gustatif : les vraies confitures artisanales sont redevenues un produit de qualité et de luxe.