Les fortes températures augmenteraient le risque de suicide, selon une étude de l’Inserm

Selon les scientifiques, la société française aurait une tendance à l’adaptation aux températures extrême depuis la fin du XXe siècle.
Selon les scientifiques, la société française aurait une tendance à l’adaptation aux températures extrême depuis la fin du XXe siècle. - Photo d’illustration - Pixabay

Un excès de mortalité est documenté à court terme à la fois pour les températures les plus chaudes et pour les plus froides. Pour la première fois, des scientifiques de l’Inserm au sein de l’Institut pour l’avancée des biosciences à Grenoble ont pu étudier ce phénomène sur une période de près de 50 ans et classer les causes de décès selon leur sensibilité à la chaleur. Ils se sont appuyés sur le registre des causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDc), qui dispose d’un recul permettant de remonter jusqu’à 1968. Au total, 24,4 millions de décès ont été enregistrés sur 49 ans, dont plus de 502 000 par suicide.

Considérant tous les décès simultanément, le taux de mortalité était minimal quand la température était proche de 20ºC, et croissait à la fois quand la température augmentait au-delà de 20ºC ou diminuait en dessous de 20ºC.

Une relation en U est observée entre « la température et la plupart des causes de décès considérés ».
Une relation en U est observée entre « la température et la plupart des causes de décès considérés ». - Inserm

La mortalité par suicide constituait une exception notable, avec une augmentation régulière avec la température, depuis les températures les plus basses jusqu’aux plus élevées. Le suicide se classait au septième rang en matière de sensibilité à la chaleur.

L’association la plus forte a été trouvée avec la température le jour du décès (plutôt que celle des jours précédents), c’est-à-dire qu’il s’agit d’une association à très court terme.

Relation entre chaleur et système nerveux

Parmi les 10 causes de décès les plus fortement liées à la chaleur, au total, quatre impliquaient le système nerveux (troubles mentaux et comportementaux, maladies du système nerveux, maladies cérébrovasculaires et suicide). Ceci suggère une grande sensibilité du système nerveux aux températures élevées.

« Les hypothèses existantes incluent au moins deux pistes non exclusives : d’une part une modification des relations sociales quand les températures sont très élevées, qui pourrait influencer un passage à un acte suicidaire ; d’autre part, sur le plan biologique, une altération du fonctionnement des systèmes endocriniens et nerveux en cas de grande chaleur, qui pourrait augmenter le risque de suicide, explique Rémy Slama, directeur de l’étude. Des travaux indiquent notamment une tendance à la baisse des niveaux de l’hormone sérotonine quand la température est élevée. Or un niveau abaissé de sérotonine, neuromédiateur impliqué dans la régulation de l’humeur et de l’anxiété, pourrait être impliqué dans le passage à l’acte suicidaire. »

Changement climatique et prévention

Le relativement long recul offert par les données du registre des causes de décès a aussi permis d’aborder la question de l’adaptation aux températures extrêmes. Ces résultats indiquent une tendance à l’adaptation de la société française aux températures extrêmes, chaudes mais aussi probablement froides, à la fin du 20e siècle.

L’association à court terme entre la température et le risque de suicide pourrait être prise en compte dans les campagnes de prévention liées aux effets de la chaleur et au suicide. Elle pose aussi la question de l’impact à attendre du changement climatique sur la mortalité.

Si vous avez des pensées suicidaires, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide au 3114 ou appeler SOS Amitié au 09 72 39 40 50 ou Suicide écoute au 01 45 39 40 00. Tous sont gratuits et disponibles 24h/24 et 7j/7. Si vous êtes en situation d’urgence, composez le 15