Projets immobiliers à l’arrêt: des villages dans l’attente

Tout sourire, Patrick Cottet-Dumoulin a annoncé que l’ancienne MGEN de Saint-Jean-d’Aulps devrait enfin être rasée.
Tout sourire, Patrick Cottet-Dumoulin a annoncé que l’ancienne MGEN de Saint-Jean-d’Aulps devrait enfin être rasée.

Il y a tout juste trois ans, Patrick Cottet-Dumoulin annonçait, pas peu fier, que la verrue qui campe à l’entrée de Saint-Jean-d’Aulps allait bientôt être rayée de la carte.

L’ancienne MGEN, édifice massif à la teinte jaunâtre et à l’architecture déstructurée, est un haut lieu de l’histoire jovanétienne du XXe siècle. Mais le centre de soins qui abritait jadis une piscine ou encore des salles de rééducation n’est plus qu’un astre mort. Un bâtiment dépossédé de toute âme, marqué dans sa chair, dont les seuls moments de vie se limitent à la présence de squatteurs.

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Plus de nouvelles

du bailleur…

En 2016, la Semcoda, bailleur social de renom basé dans l’Ain, financé en partie par des fonds publics, en récupère les clés. Racheté, ce navire fantôme doit disparaître… Avant de renaître, métamorphosé en une résidence destinée à accueillir 50 logements pour seniors, au grand bonheur du maire.

Mais les mois défilent… et rien ne se passe. En 2019, la MGEN est toujours là. La Semcoda, alors en pleine restructuration interne (voir ci-dessous) fait le mort. « J’étais très inquiet. Ils étaient difficilement joignables », partage Patrick Cottet-Dumoulin pour qui ce projet compte plus que tout autre. « Ce dossier c’est un peu mon bébé », confie-t-il ému.

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« Le dossier

a été relancé ! »

Sa persévérance finit par payer. Les employés de la Semcoda se décident à décrocher le téléphone et répondre aux mails. « Le dossier a été relancé ! Le directeur du développement est venu sur place et le comité de direction a donné son aval le 4 septembre pour redémarrer le projet. Sous une autre forme cependant », précise l’élu. « Il n’y aura pas de résidence pour seniors mais 53 appartements à la vente, du T2 au T5. C’est quand même une bonne nouvelle que cette friche soit rasée. Et si ça peut permettre à de jeunes couples de s’installer à Saint-Jean-d’Aulps c’est encore mieux ! » Le désamiantage, avant la démolition, est espéré cet automne pour une livraison prévue en 2022.

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Un autre projet

en attente

Mais gare aux embûches, devenues le lot commun de plusieurs mairies ayant collaboré ces derniers mois avec la Semcoda. Cette dernière a d’ailleurs annoncé au maire qu’elle ne comptait pas mener en l’état un autre projet de la commune, à savoir la création de 43 logements autour de l’office de tourisme. Le bailleur opterait pour moitié moins de constructions, mais rien n’est fait. « Ils attendent de voir comment se commercialiseront les appartements de la MGEN avant de partir, éventuellement sur 20 logements à côté de l’office de tourisme », précise le maire. Il faudra, une nouvelle fois, faire preuve de patience.

Dans l’œil du cyclone

La Semcoda a récemment été épinglée par la chambre régionale des comptes. Cette dernière n’a pas été tendre avec le bailleur social, énumérant une série d’irrégularités relevées entre 2013 et 2016. Comme le dévoile Le Journal de Saône-et-Loire, les observations formulées par la CRC dénoncent «  l’omnipotence du directeur historique », Gérard Levy, parti en mars 2018. Sont cités notamment «des opérations immobilières génératrices de conflits d’intérêts, des surévaluations des prix des acquisitions, des frais de bouche et de déplacements du directeur particulièrement élevés ». Aujourd’hui, la Semcoda assure que « les pistes formulées par la CRC sont suivies  », notamment par le nouveau directeur, Bernard Perret, et regrette que son « image soit ternie dans la presse et que cela ne laisse pas transparaître tous les autres bons côtés de la société  ».

Semcoda: la fin d’un long silence?

La patience est une vertu indispensable à quiconque désire joindre la Semcoda. Que l’on soit élu ou simple journaliste, le bailleur social de l’Ain a, pendant des mois, fait la sourde oreille aux demandes. Le téléphone sonne dans le vide, au rythme d’une légère musique et d’un « Semcoda, l’art de vivre heureux », de circonstance bien évidemment...

La Semcoda est le bailleur numéro un en matière de location sociale sur la région Auvergne Rhône-Alpes.

Mais en cette fin d’année 2019, les langues se délient. Enfin. Des cadres, qui suivent de près les dossiers chablaisiens, se livrent sans filtre.

Questionné sur les retards conséquents pris par certains projets, qui patinent déjà depuis plusieurs années, ce salarié s’explique : « On a été impacté par la loi Finances de 2018. C’est ce qui fait qu’il y a eu un flottement pendant deux ans. Cette loi nous touche surtout à cause de l’augmentation de la TVA sur les logements sociaux et la baisse des APL. Pour résumer, on a perdu 10 % sur nos montages financiers. »

« On va rapidement revenir vers les mairies »

Le nombre de dossiers à l’arrêt s’accumule et certains finissent au pied de la pile. « C’est vrai qu’il y en a qui ont été laissés de côté », reconnaît-on à la Semcoda. Au Biot et à Vacheresse, on craint même qu’ils aient atterri tout droit dans la corbeille (voir ci-contre). « On poursuit nos études afin de trouver des solutions dans ces deux cas. Nous avons prévu de revenir très rapidement vers les mairies pour évoquer le sujet », temporise un cadre en charge des deux projets.

Avec la MGEN, Saint-Jean-d’Aulps a eu plus de chance. Le fait que la Semcoda soit désormais propriétaire du bâtiment ne doit pas y être étranger. Pour autant, le discours du bailleur social tranche quelque peu avec l’optimisme du maire : « Le dossier MGEN est toujours en cours d’analyse. On lance des études de marché sur lesquelles on devrait obtenir un retour rapidement. Rien n’est encore réglé », affirme-t-on dans l’Ain. « On compte également engager un diagnostic sur les modalités de désamiantage et de démolition du bâtiment. On évaluera le coût de ces opérations. Tout cela nous permettra de prendre une décision finale début novembre. On ne lancera pas d’opération si on sait d’emblée qu’elle sera déficitaire ou si on n’arrive pas à commercialiser. »

A la Semcoda, la prudence est de mise. Les trop nombreuses promesses engagées par le passé ont fait volé en éclats plus d’un projet.