Morte dans une crèche à Lyon : le fonctionnement des établissements People&Baby est pointé du doigt

Après la mort d’une fillette de 11 mois dans une crèche lyonnaise, c’est le fonctionnement de ces établissements qui est pointé du doigt par des familles et des professionnels.
Après la mort d’une fillette de 11 mois dans une crèche lyonnaise, c’est le fonctionnement de ces établissements qui est pointé du doigt par des familles et des professionnels. - Photo d’illustration Pixabay

Le drame

Mercredi 22 juin 2022 dans le 3e arrondissement de Lyon, comme à son habitude un père dépose sa fille de 11 mois à la crèche où elle est inscrite. Une crèche du groupe People&Baby. Une quinzaine de minutes plus tard, les secours sont alertés, la fillette a été retrouvée inanimée. Malgré leur intervention et son transport aux urgences, la fillette décédera peu après. En cause une agent, seule dans la crèche à l’accueil des enfants et qui a reconnu les faits. Dans une situation personnelle très perturbée, elle n’aurait pas supporté les pleurs de la fillette et lui aurait fait absorber un produit déboucheur de canalisation. Empoisonnement fatal pour l’enfant.

L’émotion et les témoignages

La considérable émotion suscitée par le drame, dans les familles et chez les professionnels, a incité à la libération de la parole et les témoignages se sont succédé rapidement pour dénoncer des conditions de travail et d’accueil des enfants déplorables dans cette crèche et dans d’autres du groupe People&Baby.

Au sujet de l’établissement lyonnais, des parents ont très vite fait connaître des inquiétudes : défilé de personnels avec démissions en cascade des qualifiés, burn-out, arrêts maladies fréquents. Manque crucial de personnel alors que le nombre d’enfants accueillis augmente sans cesse. Une mère parle même de chaos. Un père souligne qu’il laisse son enfant chaque jour avec la boule au ventre. Une autre famille parle de mauvais traitements.

Des soupçons de violence contre son enfant de 4 mois ont engagé une mère à déposer plainte, en novembre 2021, contre un autre établissement du groupe.

Une ancienne employée de la crèche lyonnaise raconte qu’elle ne se reconnaissait plus dans son travail. « On en arrive à ne plus supporter les enfants, à s’énerver après eux, à pleurer devant, à s’embrouiller avec notre direction. Je m’en voulais de me voir changer », a-t-elle déclaré à BFMTV

Le risque d’un phénomène identique aux Ehpad ?

Aujourd’hui, mercredi 29 juin 2022, à l’antenne de RMC, une ancienne directrice de crèche People&Baby en Ile-de-France, qui a démissionné il y a cinq mois, dénonce des conditions de travail qui mettent en danger les enfants. « Quand on vous demande d'ouvrir votre structure coûte que coûte le lendemain mais qu'il vous manque la moitié du personnel, alors vous n'avez pas forcément le temps de donner correctement à manger à tous les enfants, des enfants quelques fois ne sont pas changés aussi régulièrement qu'ils devraient l'être », explique-t-elle à la radio. Elle déplore un manque récurrent de personnel qui pourrait avoir des conséquences. « Parce qu'on est débordés, on ne fait pas attention et on donne un aliment à un enfant qui est allergique, il n'y a pas eu d'accident grave, mais ça peut arriver, on peut arriver à de la négligence qui va sur de la maltraitance ». Accident grave, il y a eu désormais...

Elle rappelle au passage que dans les crèches, on travaille avec des êtres humains.

Cette tendance au rendement, au profit, au détriment de la personne humaine, n’est pas sans faire écho aux problématiques qui ont été tout dernièrement soulevées dans les Ehpad, pour la prise en charge, l’accompagnement des personnes âgées dépendantes. Risque-t-on pour les crèches de voir très prochainement émerger la dénonciation d’un phénomène du type Orpea ?

On n’ose l’imaginer, mais...