La consommation de curcuma pourrait-elle être risquée ? Un rapport de l’Anses en parle

L’épice de curcuma ne présente pas de danger en elle-même. C’est du côté des compléments alimentaires à base de curcuma qu’il faut être prudent.
L’épice de curcuma ne présente pas de danger en elle-même. C’est du côté des compléments alimentaires à base de curcuma qu’il faut être prudent. - Photo d’illustration Pixabay

Une surconsommation à risque

Dans son rapport paru le 27 juin 2022, l’Anses (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), veut alerter les populations à considérer avec prudence le curcuma. Dont la consommation a sensiblement augmenté ces dernières années quand ses bienfaits pour la santé ont été largement diffusés et vantés.

Dans cette épice (le safran des Indes) extraite de la plante du même nom « curcuma longa » de la famille des zingibéracées dont on utilise principalement les rhizomes, c’est la présence de curcumine (pigment polyphénolique, un curcuminoïde), sa principale molécule active qui par surconsommation pourrait être la cause de troubles digestifs et hépatiques. Jusqu’au déclenchement d’hépatites.

« Récemment, l’Italie a recensé une vingtaine de cas d’hépatite impliquant des compléments alimentaires contenant du curcuma. En France, le dispositif de nutrivigilance de l’Anses a enregistré plus de 100 signalements d’effets indésirables susceptibles d’être liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du curcuma ou de la curcumine, dont 15 hépatites », indique l’Anses dans son communiqué.

Spécifiant que la curcumine a des propriétés cholérétiques, à savoir qu’elle stimule la production de bile indispensable à la digestion.

Le danger à partir de quelle dose ?

Face à ces risques, les autorités sanitaires appellent à la vigilance et à l’information. Soulignant toutefois, que la consommation la plus courante de curcuma sous forme d’épice pour agrémenter les plats ne présente aucun risque, la biodisponibilité de la curcumine dans l’organisme étant naturellement assez faible. « La curcumine est très peu biodisponible, c’est-à-dire qu’elle passe difficilement dans la circulation sanguine et qu’elle est éliminée très rapidement par l’organisme. »

Le problème soulevé par les experts de l’Anses proviendrait des compléments alimentaires où la biodisponiblité de la curcumine est rendue bien plus importante. « Les industriels ont développé diverses formulations pour améliorer cette biodisponibilité et ainsi augmenter les effets de la curcumine. »

Pour l’agence nationale la dose journalière admissible (DJA), doit ainsi ne pas dépasser 180 mg par jour pour un adulte de 60 kg. « Au regard de cette dose, l’exposition de la population française par les aliments reste faible, avec 27 mg pour les grands consommateurs d’aliments à base de curcuma. »

Elle a aussi fixé le seuil supérieur d’admissibilté pour les compléments alimentaires à 153 mg par jour. « Pour que tous les apports alimentaires, compléments alimentaires inclus, ne dépassent pas la DJA, l’Anses a déterminé que la dose apportée par les compléments alimentaires doit rester inférieure à 153 mg par jour pour un adulte de 60 kg. »

Le danger des associations

Dans le cas de ces apports complémentaires, l’Anses fait état d’association de la curcumine avec la piperine (le poivre) par exemple visant à augmenter encore ses effets. « Même si en apparence elles ne dépassent pas la DJA, ces nouvelles formulations peuvent induire un risque d’effets indésirables pour la santé en augmentant la biodisponibilité de la curcumine dans l’organisme. »

Distinguer les formules proposant du curcuma

Formes classiques : poudre de rhizome de curcuma, extraits de curcuma enrichis ou non en curcumine

Formes nouvelles qui augmentent la biodisponibilité de la curcumine : associations de curcumine et de pipérine ou d’huile essentielle de curcuma, formes plus élaborées : complexe phytosomal, micelle, nanoparticules colloïdales, encapsulation par cyclodextrines…

Ce qui est recommandé

La consommation raisonnable

L’information sur les produits : « Pour prévenir les intoxications, l’Anses recommande aux metteurs en marché de fournir les détails des données de biodisponibilité de leurs produits afin qu’une dose maximale d’apport journalier spécifique puisse être définie ».

La consommation à éviter sans avis médical : pour les « personnes souffrant de pathologies des voies biliaires ». Pour les personnes traitées aux « anticoagulants, les anticancéreux et les immunosuppresseurs ».