Sain-Pierre-d’Albigny : il vivait à l’ombre d’un tueur en série

Arilde Bacon a vécu pendant 8 ans à côté d’un tueur en série, il raconte ce vécu éprouvant.
Arilde Bacon a vécu pendant 8 ans à côté d’un tueur en série, il raconte ce vécu éprouvant.

Saint-Pierre d’Albigny

Un véritable docteur Jekyll et M. Hyde. C’est ce qui est arrivé à Arilde Bacon, auteur de nombreux livres aujourd’hui installé en Savoie, qui aura mis des années avant d’écrire son récit. « Pour soulager sa conscience l’être humain fantasme le beau, ce qui le distrait d’ouvrir les yeux sur la réalité du laid : J’ai commis cette erreur, j’en trimbalerai le remords ma vie durant ». Rencontre.

Que nous raconte votre dernier livre « A l’ombre d’un tueur en série » ?

Il s’agit d’un récit d’une dramatique réalité. J’ai côtoyé pendant huit ans, sur mon lieu de travail, un tueur en série sans me rendre compte de son terrible secret. Après huit ans d’enquête intensive, il fut enfin arrêté, mais avec des pauvres jeunes victimes à son actif. Il a tué cinq jeunes femmes, âgées entre seize et trente ans, en huit ans. Cinq pauvres victimes qui ne demandaient que de vivre et qui, à la loterie de la malchance, sont tombées sur ce démon

Le meurtrier a-t-il été arrêté, jugé ?

Oui et non. Il a été arrêté par hasard, à cause de sa mutation de Normandie en Provence (il était employé à la Shell comme moi). Il a tout avoué mais n’a exprimé aucun regret, au contraire. Il n’a malheureusement pas pu être jugé ni être condamné car il s’est pendu dès sa première nuit en prison.

Qu’est-ce qui vous reliait ?

Il était mon aide-opérateur, je le côtoyais tous les jours de travail, on faisait les postes ensemble (en 3X8). A l’époque des faits, j’avais trente-cinq ans (au début) et lui, vingt-deux ans. Je n’ai croisé que sa dernière victime, mais j’ai également rencontré sa femme une fois.

Aujourd’hui avec le recul, pensez-vous que vous auriez pu comprendre que vous parliez à un tueur ? Y avait-il des indices qu’à l’époque vous n’aviez pas su voir ?

Oui. Il y avait des signes cabalistiques qui auraient pu, voire auraient dû, me mettre la puce à l’oreille. Il était quand même bizarre ! Mais ces détails ne me sont revenus qu’après l’éclatement de la vérité. Et je n’étais tout seul avec lui. Nous étions une bonne vingtaine dans la même salle de contrôle, mais comme moi, les autres n’ont rien remarqué non plus. Nous sommes une bonne centaine à l’avoir connu, et tous, comme moi, se sentent un peu responsables de n’avoir rien vu. Il était présent en salle le matin après avoir agi la nuit. Un de mes anciens collègues se rappelle que le jour où il a commis son dernier crime, il lui avait demandé de permuter avec lui... comme il l’avait fait avec moi. Selon lui, « il avait sûrement déjà repéré sa proie depuis fort longtemps et il avait décidé de passer aux actes... ».

Pourquoi ne s’en est-il jamais pris à vous ?

Parce ce qu’il ne s’en prenait qu’aux femmes esseulées, il était trop lâche pour prendre des risques inutiles. Il est plus facile de tuer un lapin avec un fusil, qu’un lion avec un couteau. Pour l’anecdote, le tueur m’a provoqué au « bras de fer » dans la salle de contrôle pour montrer sa force, qui était évidente. Il s’était même mis torse nu. Mais à cette époque je jouais encore au rugby comme pilier, et peu de personne pouvait me battre. Quand je rencontre des anciens collègues, on en parle encore.

Pensez-vous qu’il lui était difficile d’avoir ces 2 côtés en lui, le tueur impitoyable d’un côté et un homme ordinaire de l’autre ?

Non, pour lui tout était simple, cela faisait partie de sa vie. Au travail, il était même bien vu par la hiérarchie, il faisait bien son travail. Un de mes collègues se rappelle : « Et dire que la plupart de nos supérieurs hiérarchiques le portaient très haut dans leur estime à presque nous le citer comme exemple ! ». Mais quand ses pulsions le prenaient, il ne pouvait que passer à l’acte.

A l’ombre d’un tueur en série : 285 pages, 19.30 euros