Pays de Gex : «Un arrêté anti-pesticides, c’est un danger pour l’agriculture périurbaine du territoire»

Pour cet agriculteur les produits phytosanitaires sont « un gage de qualité et de rendement ». Photo d’illustration © Thierry Thorel
Pour cet agriculteur les produits phytosanitaires sont « un gage de qualité et de rendement ». Photo d’illustration © Thierry Thorel

Quelles conséquences un arrêté anti-pesticides peut-il avoir sur des exploitations ?

Un arrêté anti-pesticides municipal comme celui de Langouët (Bretagne) a été annulé par le tribunal grâce à la pression syndicale. Il est donc clair qu’un arrêté municipal n’a que peu de valeur. En revanche, tant qu’il n’est pas annulé, il rentre en vigueur et il y a obligation de le respecter. Il y a donc une crainte réelle de la profession au vu de la multiplication de ces arrêtés.

Comprenez-vous la position des communes qui prennent ces arrêtés ?

On rentre dans une période électorale clé pour les maires de France. L’agriculture est un sujet sensible à cause de la polémique glyphosate… Je pense que certaines municipalités se permettent ce genre d’arrêté pour se faire bien voir… Il faut savoir qu’en France, tous les applicateurs de produits phytosanitaires ont une formation certi-phyto obligatoire. Que chaque pulvérisateur passe un contrôle technique pour limiter les risques et défauts autant pour l’applicateur que pour ses contemporains. Tous les produits phytosanitaires sont contrôlés par un organisme européen. Alors non, je ne comprends pas bien les communes qui prennent ce genre de mesure.

Cela représente-t-il un danger pour l’agriculture ?

Oui. Un danger pour une agriculture périurbaine comme celle du pays de Gex, qui voit déjà ses terres arables fondre comme neige au soleil. C’est la ville qui rentre dans la campagne. En plus, ce genre de décret limite drastiquement les surfaces cultivables. Et donc générera une grosse perte économique (150m peuvent vite représenter des hectares perdus)… Les néoruraux n’aiment pas les vaches à cause des mouches, de l’odeur et du bruit, ils n’aiment pas les champs de blés et de maïs car ils sont traités. En revanche ce sont les premiers à promener leurs chiens dans les prés de fauche. On ne sait plus vraiment quoi penser de l’opinion publique… Cette vision est un autre danger pour notre agriculture traditionnelle.

Comment utilisez-vous les pesticides ?

Je n’aime pas le terme « pesticide », ça ne veut rien dire. On parle de « produit phytosanitaire » pour simplifier. Les fongicides, par exemple, sont des médicaments qui permettent de soigner les maladies du blé pouvant faire chuter le rendement, voire rendre les céréales inconsommables. Les produits phytosanitaires sont donc un gage de qualité et de rendement. Qualité exigée par l’industrie agroalimentaire, et le rendement qui permet une viabilité économique pour les exploitations. Les herbicides, quant à eux, permettent de limiter la concurrence dans les champs de blé, leur utilisation peut être réduite par le travail du sol (labour, déchaumage etc.).