Annecy : la rue du Président-Favre, symbole des difficultés des cyclistes à trouver leur place en ville

Si elle est mieux identifiée, la signalisation verte au sol de la piste cyclable n’est pas toujours bien interprêtée.
Si elle est mieux identifiée, la signalisation verte au sol de la piste cyclable n’est pas toujours bien interprêtée.

J e suis persuadé qu’il va y avoir un accident ». « C’est un peu chaotique. Ça crie tout le temps ». Cette scène de discorde, décrite de façon similaire par deux commerçants du secteur, se situe à l’intersection de la rue de la Paix et de la rue du Président-Favre. Plus précisément au niveau de la piste cyclable.

« La priorité à droite n’est pas respectée, les vélos ne s’arrêtent pas. Les mecs pensent être dans leur droit et, en plus, ils nous engueulent quand on est piéton, témoigne le commerçant de la rue de la Paix.  Ce qui me fait halluciner, c’est ce manque de connaissance ».

D’où cette pédagogie apportée par Romain Sousseau, de l’association Roule & Co.

Qui est prioritaire ?

Pour ce membre de la commission «circulation» au sein de l’association annécienne, « le piéton est prioritaire ».

Si, depuis la coloration en vert de la piste cyclable, « les cyclistes ont plus de facilité à passer », ils doivent respecter le « même niveau de priorité » que les autres véhicules.

Ainsi, en direction de la place François-de-Menthon, les vélos « ne sont pas prioritaires par rapport à la rue de la Paix ». Et doivent donc marquer la priorité à droite.

En revanche, dans l’autre sens, les cyclistes sont dans leur bon droit vis-à-vis des voitures venant de la rue de la Paix. Mais tout en le cédant aux piétons.

Fluide mais pas très clair

Cette histoire de priorité se retrouve quelques mètres plus loin : au carrefour de la rue Sommeiller et de la rue du Président-Favre. Un endroit tout aussi sensible, où il faut en plus ajouter les voitures et les bus à cette cohabitation.

Lors du comptage automnal (lire ci-dessous), Romain Sousseau a, de son côté, remarqué que « c’était plutôt fluide » bien que « pas très clair ».

Toutefois, à terme, ce point de passage fréquenté pourrait poser problème. « Si le nombre de vélos augmente perpétuellement, de même que le nombre de trottinettes, il y aura un problème par rapport aux voitures ».

Rappelant « l’attente assez forte des cyclistes à Annecy », Romain Sousseau déplore le manque d’aménagements sécurisés ces dernières années. « Il faut que des axes structurants soient au programme ».

Le bilan du comptage automnal de Roule&Co

Depuis 2018, les bénévoles de l’association Roule & Co réalisent deux comptages annuels, un au printemps et un à l’automne, afin de quantifier le nombre de cyclistes se rendant au travail. Le dernier recensement s’est déroulé du 24 septembre au 10 octobre, entre 7 h 30 et 8 h 45, sur des points stratégiques de la ville. Que faut-il en déduire ?

La répartition homme/femme. Si, en centre-ville, un certain équilibre entre les deux sexes est perceptible, il n’en est pas de même en périphérie. « Il y a un déséquilibre sur les points les plus éloignés, plus dangereux, note Romain Sousseau. On présuppose que c’est une question de risque ». C’est le cas notamment dans les secteurs du viaduc de Brassilly, du pont de Tasset.

La fréquentation des enfants. C’est dans le secteur Vignières à Annecy-le-Vieux que la part la plus importante des enfants a été constatée (22 %). « Il y a une piste cyclable sécurisée, l’école des Pommaries, le collège », rapporte l’adhérent de Roule & Co.

Le vélo électrique. Il est en augmentation de 1 % par rapport au comptage de 2018 et devient surtout une tendance « plus forte » (23 %) qu’à l’échelle nationale. Sans oublier que, depuis 2019, l’Agglo a lancé deux campagnes, à succès, de location de vélo électrique.

« On se rend compte surtout que le VAE amène des gens qui viennent de plus loin. On ne l’avait pas vu venir il y a 10 ans », s’étonne Romain Sousseau.

Les secteurs dangereux. Les ronds-points déjà. « Berthollet, Banque de France, Charles De Gaulle », cite le bénévole. Avant d’ajouter : « Les zones 50 avec camions comme l’avenue Gambetta, le boulevard du Fier. Il faut un vrai espace sécurisé entre la chaussée et les voitures garées ».

roule-co.org