Pays de Gex : le territoire compte-t-il trop de ralentisseurs?

C’est aux maires des communes de choisir d’installer ou non un ralentisseur.
C’est aux maires des communes de choisir d’installer ou non un ralentisseur.

Sur nos routes, ils ont fleuri de toutes parts. Les ralentisseurs, de manière générale, font partie intégrante de notre paysage. Pour les automobilistes, il est quasi impossible d’y échapper.

Les types de ralentisseurs existants

Il existe différents aménagements qui permettent de ralentir la vitesse des automobilistes. « Nous avons le ralentisseur de type dos d’âne avec une forme arrondie et le ralentisseur de type trapézoïdal, explique Hervé Boyer, responsable du service des routes au conseil départemental de l’Ain. Il existe également le plateau surélevé. Ce dernier est généralement installé aux intersections. Il peut avoir une longueur de 30 ou 40 mètres. »

Plus petit, il existe le coussin berlinois, pièce de forme carré en caoutchouc et le coussin lyonnais, qui lui est constitué de béton. Ces deux ralentisseurs sont installés au milieu de la chaussée. « Ce sont des installations moins coûteuses que les autres types de ralentisseurs. »

Autres dispositifs : l’écluse ou la chicane. « Ces ralentisseurs obligent les automobilistes à se déporter d’une voie à l’autre et ainsi les forcent à ralentir. Il y a également la possibilité de mettre un îlot. »

Qui choisit de les installer ?

C’est au maire que revient la décision d’installer un ralentisseur. « Il faut rappeler que ces dispositifs ne sont uniquement autorisés en agglomération. Sur une route communale le maire de la commune choisit d’installer ou non un ralentisseur. C’est exactement le même cas pour une route départementale. »

Sur ce dernier cas, le maire demande toutefois l’avis du département. « Dans la plupart des cas nous répondons favorablement. Nous conseillons donc au maire tel ou tel aménagement. Nous lui apportons également toutes les normes techniques. »

Dans certaines situations, le département peut participer financièrement à l’installation d’un ralentisseur.

Certaines normes sont à respecter

Toutes les normes à respecter quant à l’installation de ralentisseur sont fournies par les services de l’Etat. « C’est ensuite à l’entreprise de respecter ce cahier des charges. A la fin, un procès-verbal de conformité doit être validé par le maire. S’il constate qu’il n’est pas en règle, il peut demander à le faire refaire. Les modifications seront à la charge de l’entreprise. En revanche, si le constat est fait plusieurs semaines après sa mise en service, c’est à la charge de la commune. »

Il existe diverses règles. « Par exemple, la pente ne doit pas excéder 10 %. C’est souvent ce que les entreprises ont du mal à réaliser. Parce que sur un terrain plat, il est facile de calculer, mais dans une montée ou une descente, c’est plus compliqué. »

Sont-ils vraiment efficaces ?

« Tous ces aménagements sont la dernière solution des maires pour faire ralentir les gens. Si les automobilistes respectaient toutes les limitations de vitesse, les communes ne seraient pas obligées d’installer ces ralentisseurs. » Pour l’installation, il y a aussi l’aspect nuisance qui rentre en jeu. « Les dos-d'âne, par exemple, sont efficaces mais occasionnent du bruit. Tandis que les coussins font moins ralentir les gens mais sont moins bruyants pour le voisinage. Lors de ces installations il faut donc évaluer la sécurité, le coût et les nuisances. »

Les ralentisseurs en chiffres

- 10

centimètres, avec plus ou moins un centimètre, c’est la hauteur maximum d’un dos d’âne ou d’un ralentisseur type trapézoïdal.

- 4

mètres, avec plus ou moins 20 centimètres, c’est la longueur maximum d’un dos-d’âne.

- 7 % à 10 %,

c’est le pourcentage que doivent respecter les rampants du ralentisseur trapézoïdal.

- 2,50 et 4

mètres c’est la tranche entre laquelle la longueur du plateau du ralentisseur trapézoïdal doit être comprise.

- 5

millimètres c’est la hauteur maximum de la saillie d’attaque des deux types de ralentisseurs.

Des règles drastiques pour le dos-d’âne et le trapézoïdal

Les différentes normes à respecter pour la pose d’un dos d’âne ou d’un ralentisseur de type trapézoïdal ont été rédigées par le CERTU (Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques) en 1994.

Il est inscrit que ces derniers « ne peuvent être implantés que : soit dans une «zone 30«, sur les voies internes ou à la limite de la zone, soit sur une section de voie à vitesse localement limitée à 30 km/h, faisant partie de l’ensemble urbain limité à 50 km/h ».

Dans ce rapport, il est également spécifié que « les ralentisseurs sont interdits sur les voies qui, bien qu’étant en agglomération, supportent un trafic important. Il en est ainsi des voies classées R.G.C. (routes à grande circulation) et des voies dont le trafic dépasse 3 000 véhicules par jour en M.J.A. (moyenne journalière annuelle) ».

Ils sont également interdits « sur les voies empruntées régulièrement par des lignes de transports publics de personnes et sur les voies desservant des centres de secours, sauf accords préalables des services concernés ».

A noter également, « l’implantation d’un ralentisseur est interdite sur les 200 premiers mètres après le panneau d’entrée d’agglomération et sur les 200 premiers mètres après la fin d’une section 70 ».

Il est important que « l’ensemble des dispositifs de signalisation (horizontal ou vertical) doit être implanté de telle sorte que l’usager ne soit pas dangereusement surpris. Les zones d’implantation doivent être éclairées la nuit ».

«Les chicanes responsabilisent les conducteurs»

Dans la plupart des installations de ralentisseurs, ce sont les riverains qui font la demande auprès de la commune. « On n’accepte pas dans tous les cas, explique Pierre Rebeix, maire d’Echenevex. Mais ce sont les habitants qui sont les premiers concernés face à la vitesse excessive des automobilistes. »

Dans le centre bourg de la commune, une zone 30 est installée ainsi que des passages surélevés. « Le problème des dos-d’âne, ce sont les 4x4 pour qui ça ne pose pas de problème, ils ne ralentissent pas. Aussi, lorsqu’il pleut, la sécurité des motards et scooters est mise à rude épreuve. Je ne suis pas friand de ces ralentisseurs. Je trouve que les chicanes sont plus efficaces. Elles responsabilisent les conducteurs en respectant les priorités, les obligent à changer de trajectoire ; et ça n’abîme pas les voitures. »

Ces dispositifs sont de vrais investissements pour les petites communes. « C’est un coût, notamment dans le centre où nous avons installé les passages surélevés avec des pavés pour bien identifié le passage protégé. »

Nombre de ralentisseurs, leur utilité: ce que vous en pensez

Sur les réseaux sociaux, nous avons demandé votre avis. Si pour certains leur mise en place est nécessaire pour faire ralentir les automobilistes, en grande majorité ce sont leur nombre qui a été pointé du doigt. « Quasi une trentaine de Versonnex à Saint-Genis par Brétigny et je vous passe les chicanes et les ronds-points… C’est infernal pour nos petits dos et nos voitures… », souligne Taly. « De toutes les parties de la France où j’ai circulé, je n’en ai jamais vu autant. C’est complètement insensé », insiste Jérémy.

D’autres mettent en avant leur forme et leur manque de normes réglementaires. « C’est carrément infernal, dangereux et destructeur pour les voitures… Et puis quand on parle de faire des économies de carburant pour le portefeuille et la planète… On est loin du compte à accélérer puis ralentir pour le premier dos-d’âne et rebelote 500 m plus loin pour le second. Un enfer, d’autant plus qu’ils ne sont pas tous aux normes », explique Adrien. « A mon avis, ils doivent en faire un à chaque naissance, c’est infernal ! Sans compter que certains sont vraiment raides », rétorque Nicolas. « Un nouveau challenge : la commune qui aura le plus de ralentisseurs ! Beaucoup trop de ralentisseurs hors normes, les rajouts sur les ralentisseurs sont super-dangereux, ça crée des frais mécaniques sur les véhicules et n’a aucun effet de ralentissement : surtout pour les véhicules d’entreprise », souligne Dany. « Le fait de trop décélérer puis d’accélérer de nouveau au niveau des ralentisseurs sur la chaussée, ou dos d’âne, est un facteur particulièrement aggravant pour la qualité de l’air. Trop hauts (jusqu’à 18 cm au lieu de 10 cm), non signalés, trop courts, trop nombreux, infranchissables, invisibles, dangereux, mal entretenus… 4 ralentisseurs sur 10 sont illégaux », explique Jean-Louis.