Thonon : le personnel de la Passerelle inquiet pour l’avenir de l’accueil de jour

La Passerelle abat un travail considérable, mais son personnel est inquiet.
La Passerelle abat un travail considérable, mais son personnel est inquiet.

Thonon-les-Bains

Ils sont six. Six membres du personnel issus de plusieurs services de la Passerelle à faire part de leurs craintes. Ils ont souhaité garder l’anonymat.

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Une annonce surprise

Il y a quelques semaines, la direction de ce foyer d’hébergement pour les plus démunis leur a annoncé que le service de jour allait être déconventionné. Il devrait donc fermer ses portes au printemps prochain sauf si Thonon Agglomération, qui en récupère la charge, trouve une solution d’ici là (lire ci-dessous). Une énorme claque, que les employés et les bénéficiaires n’ont pas vu venir. « Encore au mois d’août, on nous a affirmé qu’il y avait des projets pour ce service. Et d’un coup, on nous annonce sa fermeture », peste ce membre du personnel. Mais pour quelle raison fermer cet accueil de jour ? « Ce qui nous a été donné comme principal argument, c’est la sécurité. Celle du personnel, des usagers et des locaux. » Si tous s’accordent à dire qu’effectivement les locaux sont vétustes et pas suffisamment bien équipés, cette décision ne passe pas, loin de là. « Il y a eu des améliorations, notamment en termes de personnel. Le service de jour n’a jamais été aussi bien doté qu’actuellement. Pourquoi vouloir supprimer tout cela alors que la situation est meilleure qu’il y a quelques années ? », souffle cette femme.

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4 000 à 5 000 passages par an

Comme elle, les membres du personnel ne comprennent pas cette décision soudaine et qui pourrait bien avoir un gros impact pour beaucoup de monde : « C’est le seul accueil de jour du Chablais. On compte entre 4 000 et 5 000 passages par an, pour environ 400 personnes suivies. Que vont devenir ces personnes ? On va les laisser livrées à elles-mêmes ? On va les orienter vers le centre d’accueil le plus proche à Annemasse ? Il y a un énorme enjeu derrière cette fermeture. »

Cette annonce, c’est la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien trop plein.

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Un débrayage prévu le 7 novembre

Comme dans beaucoup d’établissements d’aide aux personnes en difficulté, le personnel de la Passerelle tire la langue, usé par des conditions de travail compliquées et par une totale opacité sur l’avenir de la structure. Ils seront donc plus d’une vingtaine, sur la trentaine d’employés que compte la Passerelle, à débrayer sur la place des Arts, de 11 heures à 12 h 30 jeudi 7 novembre. L’occasion pour eux d’échanger avec la population pour faire connaître leurs difficultés et plus globalement leurs métiers.

Structure aussi discrète qu’indispensable, la Passerelle arrive à un tournant. « Si aucune continuité du service n’est assurée, les personnes que nous accompagnons n’auront plus nulle part où se mettre à l’abri. On veut alerter sur la possible disparition de ce service », résument les employés.

Succès pour la pétition en ligne

Lancée il y a quelques jours, la pétition mise en ligne par le personnel de la Passerelle rencontre un franc succès. Nommé «Offrons un accès décent aux sans-abris dans le Chablais«, le document a déjà été signé par plus de 1 600 personnes. Parmi elles, Samad, un ancien bénéficiaire : « Je signe parce que grâce à ce centre, j’ai aujourd’hui un logement stable alors que j’étais en très grande difficulté. Grâce à eux je peux vivre dignement. Je leur dois beaucoup. »

Thonon Agglomération veut maintenir et pérenniser la structure

Jusqu’en 2013, c’est la Ville de Thonon qui gérait l’accueil de jour, avant de passer la main à la Passerelle via une convention que la structure a décidé de dénoncer et donc de rompre six ans après. Depuis l’Agglo a été créée. Ayant récupéré la compétence sociale, c’est elle qui hérite du «bébé«. « On se retrouve dans une sacrée galère, affirme Marie-Pierre Berthier, adjointe en charge des affaires sociales à l’Agglo. La Passerelle nous a mis devant le fait accompli ».

Marie-Pierre Berthier, vice-présidente en charge des affaires sociales à l’Agglo se veut rassurante : l’accueil de jour ne fermera pas.

Du côté de la direction de la structure, on botte en touche : « Nous dénonçons la convention, cela ne veut pas dire que le service va fermer. Simplement que nous ne nous en occuperons plus. Mais jusqu’à la fin mars, l’accueil de jour continuera de tourner de manière totalement normale. Nous ne l’abandonnons pas du jour au lendemain. »

Mais du côté du personnel comme de l’Agglo, la décision à du mal à passer. « Nous en récupérons la responsabilité, nous sommes compétents donc nous allons assurer la continuité de ce service. Il ne fermera pas, c’est tout ce que l’on peut dire pour le moment. L’accueil de jour ne va pas disparaître », rassure Marie-Pierre Berthier. Les services de l’Agglo sont donc en pleine effervescence pour trouver le meilleur moyen de poursuivre cette structure indispensable dans le Chablais. « Pour ce qui est des locaux, du personnel, on n’en sait rien pour le moment, c’est trop tôt. Nous sommes en train d’évaluer les différentes options qui s’offrent à nous pour maintenir et pérenniser ce service compliqué, poursuit l’élue. Pour ce qui est des employés, c’est à la Passerelle de prendre ses responsabilités pour le moment. » Les bénéficiaires peuvent donc être rassurés, l’accueil de jour devrait être sauvé.