Quand la peste sévissait à… Nantua

En août 1639, les Catholards sont sur le qui-vive, craignant une attaque des Espagnols et des Comtois qui étaient en guerre contre la France. Ces derniers venaient d’incendier Martignat, de détruire Groissiat et d’occuper La Cluse.

Mais le 16 août 1639, jour de la Saint-Roch, cette crainte s’estompe pour un mal encore plus sournois : la peste.

Un climat de psychose s’installe alors, le fléau se développant rapidement. « Bientôt dans Nantua chaque maison comptait un décès et plusieurs pestiférés  » précise l’historien Georges Debombourg, ajoutant « sept cent quarante personnes furent frappées de la contagion dans le court espace de vingt jours et plus des deux tiers succombèrent  ».

Baptême dans la rue

Le curé de la paroisse M. de la Rivière et ses vicaires sont débordés par le nombre d’enterrements. Pour limiter la propagation, ils n’entrent plus dans les maisons au moment des naissances et ils baptisent… dans la rue.

Les habitants décident de quitter la ville et de s’installer dans des cabanes en bois construites à la hâte le long des rivières et dans la montagne à Chamoise et au Mont Cornet, « lieux où l’on pensait qu’un air plus vif et plus pur devait préserver de l’atteinte du fléau » (G. Debombourg).

Or, la peste se répand dans les villages alentours, touchant aussi les personnes dans les cabanes qui succombent pour la plupart. Sur les registres paroissiaux, on peut ainsi lire la mention « Morts en cabanes ! » ou « Morts du mal de la peste ! ».

Les moines et la demoiselle Ray

Le prieur du monastère étant emporté par la peste, l’infirmier et grand vicaire général Dom Claude du Plastre décide de partir avec les moines à La Balme au cellier de Montville, propriété de l’abbaye de Saint-Sulpice. Il meurt le 16 septembre 1639, vraisemblablement de la peste, et il est enterré dans la chapelle Saint-Claude qu’il avait fondée le 7 octobre 1626.

L’évêché envoie alors de Bourges un simple prêtre pour s’occuper du prieuré vidé de ses religieux. Il fait son devoir, assistant le curé de la paroisse auprès des pestiférés.

Le premier syndic, Hugues Perrin, se distingue par « sa fermeté et par son énergie » souligne Louis Cognat. Il est secondé par Cadet de la Rivière, probablement un parent du curé de la paroisse, et surtout par la demoiselle Ray.

Cette dernière nettoie les cabanes en bois des malades et blanchit leur linge. Devant une telle conduite altruiste, elle reçut à l’issue de la fin de cette épidémie du premier syndic la somme de 30 livres.

Plus d’infos :

– Dans le registre paroissial, le curé de Nantua mentionne que les malades « atteints du mal (…) ont esté envoye en cabane », où la grande majorité mouraient.

– On peut lire aussi que « le 19 aoust, Claude, fille de Claude Testaffort, est décédée en cabane près l’hospital, atteinte de peste depuis 3 jours ».

– La dernière personne décédée de la peste à Nantua est « Louys, filz de Claude Cler (…) décédé de la contagion » le 20 décembre 1639.

Des processions et une messe pour éloigner le mal

A la nuit tombée, les Nantuatiens se réunissent à l’église paroissiale et organisent des processions en ville à la lumière de torches. Le clergé marche en tête du cortège avec le curé de la paroisse et tous chantent le psaume de la contrition et de la pénitence : le Miserere.

Les syndics se rendirent même en pèlerinage à Bourg-en-Bresse, ils y achetèrent un champ devant le monastère de Brou et le donnèrent aux religieux du prieuré, à condition qu’ils célèbrent chaque année une messe pour le rétablissement de la santé des Nantuatiens. Jusqu’en 1792, cette messe fut célébrée. Elle était même annoncée dans Bourg-en-Bresse, le jour de la Saint-Roch, par le crieur public.

Nantua sauvée par la Vierge

Comme le fléau s’était déclaré le lendemain de l’Assomption, les habitants firent le vœu de faire une procession chaque 15 août, à l’issue des vêpres, pour que la Vierge conserve la santé des habitants.

Solennellement, une statue de la Vierge était promenée dans les rues de Nantua portée par des jeunes filles habillées de blanc. Cette procession persista longtemps. Elle fut supprimée le 15 août 1900, le curé ayant eu peur des débordements les années précédentes pour l’Assomption.

Toutes ces prières et ces vœux eurent l’effet escompté, la peste disparaissant 3 mois après son apparition.

Au final, le bilan est très lourd : près de 500 victimes gisent dans le cimetière ou dans des tertres, près des cabanes en bois le long des rivières et dans la montagne.