(PHOTOS) Bellegarde : Livre sur la 2e Guerre mondiale, le point de vue de Michel Blanc

Michel Blanc, né à Bellegarde en 1950, a lui aussi apporté sa pierre à la réalisation du livre. Retraité de la gestion forestière, il s’est de tout temps passionné pour les vieux documents et les cartes postales anciennes, notamment de Bellegarde et de la vallée de la Valserine. Très naturellement, il a intégré dès le début le Groupe Mémoire, où ses connaissances sont unanimement appréciées.

Michel, quelle a été votre relation avec le livre ?

J’ai fourni des publications et documents anciens, des photos, des cartes postales bien sûr. J’ai aidé aussi à l’identification et à la datation de certains clichés, pas toujours évidents : ainsi un de la ligne de démarcation à Essertoux, car on a souvent oublié que cinq communes savoyardes, Eloise, Saint-Germain, Clarafond, Arcine et Chêne, ont été brièvement en zone occupée par les Allemands avant le retour de la ligne de démarcation sur le Rhône…

Vous avez mis la main à la plume, également ?

Oui, notamment sur tout ce qui concerne les ponts, la reconstruction de celui de la Vézeronce, du barrage de Génissiat…

Qu’est ce qui vous a le plus marqué en plongeant dans les entrailles de cette décennie sombre ?

Le fait que Bellegarde ait été libéré en deux fois, une première fois par Henri Romans-Petit et le Maquis en juin 44, puis par l’Armée en septembre.

Entre les deux, quand les Allemands sont revenus avec de furieuses envies de représailles, les Bellegardiens ont quelque peu perdu confiance dans la Résistance, repartie dans la montagne pour ne pas se faire massacrer…

Vos travaux avec le groupe vous ont-ils apporté des surprises ?

Oui, tout particulièrement la découverte dans le fonds Allais des clichés du charnier des Rousses : des Russes de Vlassov et des SS avaient été exécutés par les Français en voulant s’enfuir.

Pas facile de savoir où c’était, il y avait une sorte d’omerta sur le sujet. On a finalement trouvé la réponse dans une publication des Amis de Saint-Claude…

«Au départ, on ne voulait pas faire un livre sur la Guerre»

« On n’était pas partis pour parler de la Guerre, c’était trop triste ; on a commencé innocemment, sans objectif initial ; puis on s’est rendu compte qu’on avait largement de quoi faire : à Bellegarde on a tout eu, destructions, ligne de démarcation, rationnement, passage de Juifs, rafles, exécutions, sabotages, Résistance... Ce fut un travail très prenant. Je salue au passage l’investissement de Christophe Vyt. Sans lui, nous n’aurions jamais atteint ce niveau de précision.  »

Michel Blanc

La ligne de démarcation

Christophe Vyt retrace en quelques lignes cette période bien particulière, où Bellegarde est coupée en deux.

Bellegarde est coupé en deux : la Valserine délimite côté Bellegarde la zone libre, côté Coupy la zone occupée et interdite. Idem au pont du Tram, resté intact : La Pierre/Lancrans sont en zone occupée.

Le viaduc du chemin de fer de la voie Lyon-Genève est un point de contrôle névralgique où les Allemands sont très vigilants. Une Kommandantur est installée rue des Bains, aujourd’hui rue Ferry, à l’angle du chemin des Vignes. Dans le livre, nous évoquons les difficultés éprouvées pour passer la ligne, et surtout les flux de clandestins qui, malgré tout, parviendront à la passer, par la Valserine ou le Rhône. Une situation compliquée, qui dure jusqu’en novembre 1942, date où les Allemands envahissent toute la France.

Une première phase de l’Occupation, moins terrible toutefois que ce qui attend les Bellegardiens par la suite...

Le passage clandestin de la ligne sur le Rhône

Extrait tiré d’un témoignage de Roger Tardy, à la Noël 1940. Ici la perte du Rhône.Les vacances de Noël débutèrent le 23 décembre 1940, mais rien n’avait encore été prévu pour permettre aux collégiens de la zone libre de rentrer chez leurs parents, en zone occupée. Hors de question pour la famille Tardy de ne pas se réunir ; il fallait donc organiser le passage clandestin de la ligne de démarcation par les deux enfants scolarisés en zone libre. L’opération fut préparée par Paul Métral, douanier à la gare de Bellegarde ; la ligne serait franchie sur le Rhône. Le soir du 24 décembre, Roger Tardy et son frère traversèrent d’abord la passerelle provisoire sur le Rhône, qui n’était pas gardée, pour rejoindre Eloise et la Haute-Savoie alors également en zone libre. Ils se rendirent ensuite dans l’obscurité jusqu’au-dessus de la Perte du Rhône. Des ouvriers avaient installé là un dispositif permettant de transporter des fagots de bois vers Coupy, où les nombreux boulangers en réclamaient. Un câble avait été arrimé et descendait de la rive gauche à la rive droite du Rhône. Roger Tardy prit place sur la planche et lorsqu’un très bref signal lumineux fut émis depuis le bas, on le laissa partir. La descente fébrile et rapide se fit dans le noir. Deux autres personnes réceptionnèrent les jeunes hommes qui passèrent la nuit chez les Métral à La Pierre. Le lendemain matin, jour de Noël, ils partirent à pied par la route enneigée et parfois verglacée jusqu’à Longeray, où ils prirent le train pour Divonne.