Thonon : le conseil municipal s’enflamme autour du rapport de la Chambre des comptes

La mairie a été le théâtre de débats éléctriques.
La mairie a été le théâtre de débats éléctriques.

Thonon-les-Bains

Il y avait dans l’air quelque chose de spécial. Une tension palpable dès l’approche de la mairie. Il ne fallait pas être devin pour savoir que ce conseil municipal de Thonon allait être électrique. Il l’a été. « On va voir une sacrée pièce de théâtre », glisse un conseiller municipal avant d’entrer dans la salle. La délibération concernant ce fameux rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) étant prévue en dernier, il fallait d’abord écouler l’ordre du jour. Les premières délibérations se passent sans accroc, jusqu’au moment de voter le remplacement du matériel de péage et de contrôle d’accès des parkings souterrains de la commune. Élisabeth Charmot, l’opposante écologiste, lance les premières banderilles : « Vous m’aviez tous applaudie il y a quelques mois quand j’avais affirmé que cela ne servait à rien de changer des installations qui fonctionnent encore. J’espère que vous ferrez pareil aujourd’hui car c’est exactement la même chose pour ce matériel. » Un appel resté vain puisque la délibération a été votée à la majorité. Mais le ton est donné.

Un conseil qui s’éternise et qui s’envenime

Il est 23 heures passées quand arrive enfin la délibération que tout le monde attendait : la présentation du rapport de la CRC. Pendant plusieurs minutes, Jean-Yves Moracchini, l’adjoint en charge des finances, présente une vingtaine d’extraits de ce rapport, soigneusement triés sur le volet, et qui saluent la santé financière de la commune. L’opposant socialiste Guillaume Dekkil intervient : « C’est bien dommage que vous n’ayez pas eu votre honnêteté intellectuelle habituelle pour nous présenter ce rapport. Vous n’avez sélectionné que les phrases qui vous arrangeaient. » A son tour l’élu d’opposition liste une partie des points reprochés par la CRC (dérapages financiers sur certains gros projets de la ville, utilisation abusive de la voiture du maire, notes de restaurants exorbitantes). Le conseil tourne en atelier-lecture où chacun choisi ses passages pour attaquer son adversaire.

Alain Coone et les « incompétents »

Alain Coone, l’adjoint en charge de la voirie, y va également de ses morceaux choisis, taclant à plusieurs reprises des « incompétents qui n’ont pas lu le rapport ». Dans son viseur, les opposants Christophe Arminjon (DVD) – absent à ce conseil municipal et représenté par Jean-Claude Terrier – et Patrice Thiot(LREM). À plusieurs reprises l’adjoint au maire emploiera le terme d’« incompétents », au point de faire sortir de ses gonds Jean-Claude Terrier « Visiblement tous ceux qui ne pensent pas comme vous sont des incompétents. Vous voulez nous donner des cours ? Excusez-nous grand maître !  » ironise-t-il. « Je maintiens, vous êtes des incompétents », appuie Alain Coone.

Jean Denais a ensuite fait du Jean Denais. Pour se défendre, le maire a alterné entre explications argumentées et attaques plus personnelles, comme lorsque Françoise Bigre, élue d’opposition socialiste prend la parole : « Je ne peux pas vous laisser dire que je n’ai pas lu ce rapport. J’ai travaillé ici, je sais comment cela se passe », affirme-t-elle. Et le maire de répondre avant de lever la séance : « Justement si vous ne voulez pas que je devienne désagréable et que je parle de votre passage ici, il faudrait mieux arrêter ». Une conclusion houleuse pour un conseil municipal qui aura duré quasiment cinq heures.

Une vingtaine de personnes dans l’audience

En plus des 39 conseillers municipaux, plus d’une vingtaine de personnes avaient fait le déplacement pour assister à ce conseil municipal qui s’annonçait animé. Rarement la grande salle de la mairie aura été aussi remplie. Parmi l’assemblée, on notera la présence de plusieurs candidats déclarés aux prochaines municipales thononaises. Anne-Françoise Abadie Parisi (RN) était ainsi venue assister aux débats et a quitté la mairie quelques minutes avant la fin de la séance. Nicolas Ravet (LREM) est lui resté jusqu’au bout et n’a pas manqué de faire part de son analyse sur les réseaux sociaux.