Bonneville: dans les entrailles de la plus vieille rue de la ville

Il y a une cinquantaine d’années la rue Brune était encore appellée par les Bonnevillois la rue Punaise.
Il y a une cinquantaine d’années la rue Brune était encore appellée par les Bonnevillois la rue Punaise.

«   Je suis née ici, j’ai grandi ici et j’ai toujours vécu ici », explique Brigitte Verdan, incontestablement la plus ancienne habitante de ce qui passe pour la plus vieille rue de Bonneville. Une ruelle plus qu’une rue dont l’existence est attestée depuis le moyen âge.

Longtemps appelée la rue Punaise

La photo qui trône dans le bureau de Brigitte et Pierre Verdan ne ramène pas si loin, mais au travers de ce cliché au milieu du 20e siècle, on mesure le temps passé. « A l’époque, on l’appelait la rue Punaise. Il y avait des portes qui fermaient la rue jusqu’en 1973 et c’est lorsqu’elles ont été retirées que l’on a découvert qu’elle s’appelait rue Brune. Mais pour nous, c’était la rue Punaise », raconte Brigitte.

Une appellation d’époque qui renvoie à l’ambiance insalubre pour laquelle était connue la rue. En ancien français, le terme «  punais  » était utilisé pour décrire une odeur infecte. « Autrefois, la ruelle était en terre battue. Cela ne fait pas si longtemps qu’elle est dallée », souligne le voisin des Verdan.

La famille Verdan
: Pierre, Brigitte et leurs petits enfants Leia, Alex et Samuel.
La famille Verdan : Pierre, Brigitte et leurs petits enfants Leia, Alex et Samuel.

Ambiance sympathique

Ce n’est pourtant pas une ambiance de misère que décrit Brigitte : « On jouait dans la ruelle avec tous les petits voisins. Il y avait une ambiance très sympathique notamment avec l’animation créée par les deux cafés à proximité. A l’arrière, le bâtiment donnait sur les jardins privatifs des maisons. Il y avait un relais de poste et l’on voyait l’étable où étaient gardés les chevaux. Mes grands-parents avaient une forge. »

Evidemment, depuis l’enfance de Brigitte le bâtiment n’est pas resté en l’état. Son mari Pierre s’est chargé de faire évoluer l’immeuble autant que possible : « Nous avons refait l’isolation, les fenêtres, l’électricité… C’est un vieux bâtiment et ce n’est pas toujours facile de faire les travaux. Lorsque l’on a refait les fenêtres par exemple, nous avons dû installer de grandes vitres à la place des carreaux. C’était mieux pour l’isolation et la luminosité mais dans l’absolu nous aurions dû garder les carreaux. »

Au tournant de la rue Brune, l’entrée de nuit de l’hôtel de l’Arve.
Au tournant de la rue Brune, l’entrée de nuit de l’hôtel de l’Arve.

Question de parking

De tous les habitants, Brigitte et Pierre sont les seuls dont le domicile n’est accessible que par une entrée de la rue Brune. Et le couple n’a pas de garage privatif : « C’est sûr que lorsqu’on achète un canapé par exemple, ce n’est pas facile de le monter. Mais on se débrouille. Le plus embêtant, c’est le jour du marché. Il faut que je calcule à quelle heure je vais revenir lorsque je sors car sinon je ne trouve pas de place pour me garer. »

Pas question pour autant de déménager : « C’est tout de même pratique d’être dans le centre-ville. Et comme je dis souvent, il y a toujours les avantages et les inconvénients. On y pense, on commence déjà à s’organiser pour ne vivre que sur un niveau. Et si vraiment la vie devenait compliquée, on partirait », note Brigitte.

Des trafics

En son milieu, la rue Brune oblique brusquement et crée un coude au creux duquel la mairie a installé une caméra de vidéo-protection qui couvre tant la ruelle que les arrières de la médiathèque. Et ce n’est pas par hasard ; comme toutes les ruelles obscures de toutes les villes, la rue Brune est fréquentée par une population qui recherche la discrétion. « Il y avait des clochards mais on ne les voit plus. Il y a des gens qui trafiquent, des jeunes qui se rassemblent », raconte une habitante. Brigitte Verdan confirme : « C’est vrai que ce n’est pas toujours rassurant. Et la vidéo-protection n’a pas changé beaucoup de choses. »