(PHOTOS) Chambéry : le photographe Raphaël Gonnet sublime les visages d’Algérie

Autour de Raphaël Gonnet, l’effervescence qu’il crée lui-même est au rendez-vous pour le vernissage de sa première exposition, Visages d’Algérie. « Ça grouille de partout là-bas, c’est comme ici, c’est pour ça que je voulais faire l’exposition à La Dynamo », lance cet Aixois de 45 ans. C’est ému, enthousiaste, fier et volubile que Raphaël Gonnet raconte le travail de son oncle, le Père Raymond à travers une série de photographies de personnes rencontrées lors de son voyage, en février.

« Cela fait 50 ans que mon oncle est en Algérie. Il a été nommé en 1991 à Masacara où on lui a confié une église qu’il a transformée en centre culturel parce qu’il n’y a plus de chrétiens là-bas et Raymond il n’est pas là-bas pour prêcher la parole de Dieu, il aide les pauvres. Je me souviens que ma famille était inquiète, c’était la guerre civile. Ce n’est qu’aujourd’hui que je réalise ce qu’il a enduré », raconte le photographe touché par l’action de son oncle.

Une histoire derrière chaque photo

Passionné par l’image depuis toujours, Raphaël Gonnet n’avait jamais trouvé « de sujet assez fort » qui méritait d’être montré au public « et je voulais cet axe de fraternité qui nous touche au plus profond ». C’est sur un coup de tête qu’il décide de se rendre en Algérie pour huit jours, une première.

Accueilli par le Père Raymond, l’Aixois le suit dans ses missions quotidiennes muni de son appareil photo. « Il a 78 ans et il n’arrête pas ! J’ai été témoin de son action en toute discrétion ». C’est d’ailleurs l’une des problématiques qu’a dû contourner Raphaël pour ses photos : montrer son oncle en respectant son humilité. « Il n’est pas beaucoup sur les photos ou alors de manière furtive ».

Autour de Raphaël, amis, inconnus et famille lui posent des questions. Loquace, il partage les anecdotes qui l’ont touché. « Chaque photo a une histoire. Lui, il est énorme ! Il a 25 ans, il est mutique et n’écrit qu’en poème. Hadj a une tumeur, il passe sa journée allongé par terre sur un tapis, il vit avec sa mère. Mon oncle lui rend visite », énumère-t-il

Au centre culturel El Amel (Espoir) de Mascara, Raphaël Gonnet a aussi su se faire accepter par les enfants qui venaient apprendre le français, les femmes voilées au cours de yoga ou d’aérobic. « Même mon oncle a été étonné. Je suis resté une heure à rien dire, à observer ces femmes et quand j’ai senti que je pouvais sortir l’appareil photo parce que j’étais accepté je l’ai fait. J’ai d’abord demandé, elles se sont toutes regardées, il y en a une qui a fini par dire oui et c’est comme si j’avais la validation de tout le monde », se souvient le quadragénaire.

« Ce voyage a changé mon regard sur l’Algérie »

Sur les images, les enfants souriants portent une ardoise avec leur prénom écrit en arabe et en français. « Moi je ne lis pas l’arabe alors il fallait que ce soit aussi écrit en français et je me suis dit qu’écrire dans les deux langues ce serait créer un pont entre les deux pays. Ils étaient fiers d’être pris en photo du coup il y a de la malice dans leurs yeux. Il n’y a pas de triche. On s’est amusés comme des fous ».

Ce voyage a été pour le photographe une révélation sur plusieurs plans qu’il tente de retranscrire à travers ses clichés. « D’abord, j’ai vraiment rencontré mon oncle là-bas. J’ai une grande admiration pour lui. Et ce qui m’a le plus frappé, c’est l’authenticité de ce pays, l’accueil, l’hospitalité… Un jour on a mangé trois fois ! À 11h, à 12h et à 15 h. Ce voyage a changé mon regard sur l’Algérie et les Algériens. Disons que je ne m’attendais pas à ce que ce peuple soit aussi accueillant », confie-t-il, ému.

Bio express

Raphaël Gonnet est né en 1974 à Aix-les-Bains. Dernier d’une famille de six enfants, il a été marqué par ses trois grands-oncles prêtres et admiratif de son oncle Raymond Gonnet, prêtre en Algérie depuis 50 ans.

Après des études de commerce et de cinéma à Paris, Raphaël Gonnet travaille aujourd’hui dans la publicité à Annecy. Passionné d’image depuis toujours, sa première exposition Visages d’Algérie visible jusqu’au 2 novembre à La Dynamo, rue Daniel Rops, à Chambéry Le Haut. Elle sera présentée également à Francfort, Paris, Chartres, Lyon, Marseille ou Annecy entre autres.