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Lucyane Fage présente un parcours professionnel entièrement consacré à l'emploi.
Officiant depuis 25 ans à l'ANPE, elle a commencé sa carrière dans le privé en tant que formatrice, directrice d'agence d'intérim, puis consultante pour des organismes de formation.
Elle sera ensuite conseillère ANPE, directrice d'agence, puis intégrée à la direction générale de l'agence nationale comme consultante interne, puis directrice pour la Loire, avant d'aller à Grenoble et finalement de rejoindre la Haute-Savoie en 2005.
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Article paru dans Le Messager du 15 décembre 2011
Comment expliquer la hausse du chômage depuis quelques mois, alors qu'il était reparti à la baisse ?
Jusqu'à juin, nous avons pu constater une réactivation de la vie économique sur le département. Les entreprises avaient retrouvé leur santé, les carnets de commandes étaient bien remplis. L'industrie repartait et, de plus, nous avions fait une bonne saison touristique d'hiver et celle d'été ne s'annonçait pas mal du tout. Le renversement réel de tendance est intervenu en septembre-octobre. Nous y étions préparés, car il s'agit, à cette époque -et même dès l'été- de prendre en compte trois flux tout à fait normaux, indépendants des aléas de la vie économique du territoire.
Tout d'abord, à cette période précise, nous récupérons les demandeurs d'emploi issus du secteur de l'hôtellerie-restauration (+25%), du commerce (+5%), notamment, qui ont terminé leur saison d'été. Cela entraîne une augmentation des chiffres du chômage, c'est un phénomène connu et récurrent dans un département touristique comme le nôtre.
Un deuxième phénomène, qui s'inscrit plutôt en juillet-août, est celui des étudiants qui s'inscrivent alors qu'ils sont en fin de scolarité.
Enfin, le troisième phénomène touche les intérimaires (+4,5%), issus notamment de l'industrie. On a bien vu que les industriels étaient, et sont encore, dans une position attentiste, étant donné la situation économique. Ils font donc moins appel au travail en intérim et privilégient plutôt les heures supplémentaires. Tout cela a conduit naturellement à une hausse du chômage.
Vous attendiez-vous à l'importance de cette vague négative ?
Oui, nous pouvions la prévoir, mais je peux vous dire que l'on ne s'attendait pas à une hausse du chômage de cette amplitude. Nous croyions sincèrement que la crise était derrière nous. Le chômage repartait franchement à la baisse depuis de nombreux mois. Et même en prenant en compte les phénomènes que je viens d'évoquer, nous ne pouvions pas anticiper une dégradation de la situation comme celle que nous connaissons.
Quelles sont les populations les plus touchées ?
En fait, ce sont celles qui avaient déjà été touchées lors de la crise de 2008. A savoir, comme nous le constatons régulièrement, les personnes les moins qualifiées, les plus âgées et les populations en difficulté sociale. Globalement, les plus de 50 ans ont augmenté de 7,7 %, les 25/49 ans de 2 % alors que les moins de 25 ans ont diminué de 1,5 %. A noter aussi, dans la continuité, que le chômage de longue durée augmente de façon sensible. On peut constater par ailleurs que la reprise de 2010 et début 2011 a surtout profité aux plus jeunes, qui ont pu intégrer ou réintégrer le monde du travail, beaucoup par l'intérim, les contrats de courte durée, sans oublier la formation.
Comment appréhendez-vous les semaines qui viennent ?
Il est clair que nous avons subi un véritable coup d'arrêt de la reprise. Maintenant, il faut se concentrer sur la saison d'hiver qui constitue un véritable enjeu pour un département touristique comme le nôtre : il faut savoir qu'après la Suisse -qui est le premier employeur du département-, c'est le tourisme qui fournit le plus d'emplois. C'est un secteur réellement dominant, capital. Si la saison hivernale se déroule bien, nous verrons une partie significative des demandeurs d'emploi sortir de nos fichiers.
Quels sont les secteurs les plus porteurs aujourd'hui ?
Dans la lignée de ce que je viens de vous dire, on peut évoquer l'hôtellerie-restauration, qui est le plus gros recruteur du département avec 48 000 contrats par an, des très petites missions d'une journée au contrat à durée indéterminée. Vient ensuite le commerce avec 29 700 embauches, là aussi avec des contrats de très courts à longs. L'industrie représente tout de même 12 000 embauches, un chiffre en légère baisse (0,7 %) par rapport à l'année passée à la même époque. Il ne faut pas oublier l'intérim, tous secteurs confondus, qui a généré 150 000 contrats. Et le domaine de l'action sociale, la santé, les sports qui reste important sur le département.
Comment évoluent les offres d'emploi que vous collectez ?
Nous avons connu un très bon premier semestre 2011 avec une augmentation de 18 % du nombre d'offres d'emploi collectées. La confiance était revenue. En octobre, la situation reste positive avec une progression de 7 % en année glissante. Sur une année justement, nous atteignons 45 000 offres qui ont été confiées à Pôle Emploi en Haute-Savoie. Logiquement, beaucoup de ces offres émanent du secteur le plus demandeur en mains-d'uvre qui est celui de l'hôtellerie-restauration. Nous sommes donc très vigilants pour ce domaine en cherchant à assurer la mise en relation entre employeurs et candidats. Nous organisons, par exemple, chaque année le forum de l'emploi, en octobre : en 2011, 300 entreprises et 7 000 candidats ont répondu à notre invitation.
Les travailleurs frontaliers sont-ils concernés par la dégradation actuelle du marché de l'emploi ?
Oui, bien sûr, d'une manière ou d'une autre. Les économies suisse et haut-savoyarde sont étroitement liées. La Suisse, comme je vous l'ai dit, est le premier employeur du département. Or, le nombre d'offres d'emploi émanant de Suisse a baissé de 20 % sur 2011, selon l'Office cantonal de la statistique. Et le chômage, comme chez nous, repart à la hausse : + 4,6 % par exemple en octobre à Genève par rapport à septembre. La tendance baissière que l'on constatait depuis plusieurs mois est achevée de l'autre côté de la frontière aussi. Pour l'instant en tout cas.
Dans ce contexte de montée du chômage, quel peut être le rôle de Pôle Emploi ?
Il faut savoir que la baisse du chômage ne dépend pas de Pôle Emploi, même si nous mettons tout en uvre pour remplir le plus efficacement possible notre mission. Non, la baisse du chômage est liée à l'activité économique. Il faut au moins 1,5 % de croissance pour recréer de l'emploi. Et nous n'y sommes pas. Autre donnée à garder en tête : nous avons perdu, durant la crise, 10 000 emplois. Avec la reprise de 2010/2011, nous en avons recréé 5 000. Aujourd'hui, nous ne pouvons que souhaiter le retour de la croissance, de la confiance. C'est tout le débat européen et mondial actuel : comment retrouver cette croissance ? C'est la préoccupation majeure.
Côté français, nous devons aussi réfléchir à notre situation par rapport à l'échiquier international : nous ne sommes pas forcément à égalité avec d'autres pays sur beaucoup de plans, comme le coût du travail, la législation. A titre personnel, je pense qu'il est important aujourd'hui de sortir des débats frileux et d'aborder, avec maturité, des sujets comme la compétitivité comparée, la durée du travail, les avantages sociaux Plus globalement, nous avons bien réalisé une Europe financière mais tous ces sujets n'ont pas été traités.
Face à cette situation, quels sont les moyens d'action dont vous disposez ?
Première chose : nous sommes tributaires des engagements de l'État et de l'Unedic. Une nouvelle convention tripartite vient d'ailleurs d'être signée, qui prévoit notamment le renforcement de l'accompagnement des chômeurs pour un retour à l'emploi plus rapide. Nous avons également un nouveau directeur général : Jean Bassères. Cela fait beaucoup de changements. Mais, il faut savoir aussi que notre budget reste constant, que nous devons faire plus avec autant de moyens, pour résumer. Il va nous falloir encore plus optimiser nos méthodes et nos actions.
Pour la Haute-Savoie, nous avons plusieurs priorités. Tout d'abord, recueillir le plus d'offres d'emploi possible et positionner les candidats en face de ces offres. Nous voulons aussi être très réactifs en matière d'indemnisation, c'est un choix déterminé sur le département. Nous ne voulons pas ajouter du stress au stress.
Pour les chômeurs de longue durée ou les personnes en difficulté sociale, nous souhaitons favoriser les contrats aidés, pour qu'ils retrouvent la confiance -c'est essentiel- ou, dans d'autres cas, qu'ils puissent maintenir leurs compétences à niveau. Plus généralement, nous avons enfin une mission de maintien du lien social.
PROPOS RECUEILLIS PAR CYRIL BELLVIER