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Savoie

vendredi 30.07.2010, 14:00

Hommage des habitants de la Chal à Joffrette

Hommage des habitants de la Chal à Joffrette Hommage des habitants de la Chal à Joffrette

Joffrette était la doyenne de La Chal (92 ans) mais comment parler de grand âge à son sujet, quand on la voyait arpenter les ruelles ou descendre à son jardin, d'une démarche souple et vive ? « Je ne peux plus faire de sport alors je me force à faire de grands pas et à me tenir droite  ».


Le soir de son départ à l'hôpital, le mercredi 16 juin, elle a voulu monter la ruelle, en s'arrêtant plusieurs fois, mais sans aucune aide, avant de rejoindre la voiture de Thérèse qui l'emmenait.
Cette forme physique exceptionnelle lui venait de son ancien métier (professeur d'EPS) mais aussi de son enfance auprès d'un père qui vénérait l'effort et le sport (il fut le fondateur du Ski Club d'HG en novembre 1946). Elle fut la première à descendre les pentes de l'Aiguille Rouge avec lui. Elle nous raconta cette sortie d'été où, partis de la Chal à 4 h du matin, ils y revinrent à 11 h du soir après avoir marché toute la journée (La Chal, Peisey, Les Lanches, Col du Palais, Tignes et retour par les sentiers). Elle se rappelait avoir été un peu fatiguée, quand même... Le sport l'accompagna très tard : pour ses 80 ans, elle fit son baptême de l'air en parapente ! Elle chaussait encore ses grands skis de bois à 85 ans, faisait du patin à glace (en rembourrant quand même ses genoux et ses fesses de coussins) Cette force de caractère et son appétit de la vie et de la découverte lui firent entreprendre de nombreux voyages, parfois plusieurs fois dans l'année. Le dernier fut celui de juin 2007, en Bulgarie avec les anciens d'Hauteville. Elle était alors âgée de 89 ans (photo sur le Petit borain en costume bulgare). Nous étions curieux de ses voyages et aurions voulu qu'elle nous les présente lors de soirées diapos. Mais nous n'eûmes droit qu'au Pérou, dans les années 70 car son sens de la perfection lui faisait refuser de nous montrer des montages inachevés. « Non, non, il faut que je trie mes diapos comme il faut... » et les voyages se succédaient et il y avait de plus en plus de diapos à trier et de cartons à ranger... Rien n'était ordinaire dans sa façon d'appréhender la vie. Nous nous souvenons de ces discussions passionnantes dans les jardins "sous-ville" où nous retrouvions pour l'arrosage du soir. D'année en année, elle suivait l'évolution des végétaux ou des insectes : il y eut l'année des chardons qu'elle éradiqua un à un et celle de l'apparition des amarantes sauvages qui la préoccupa ; il y eut l'année des fourmis qui poursuivaient une énorme migration  : « Vous voyez ces fourmis ? Elles sont parties d'Espagne et vont arriver en Sibérie. Je l'ai lu dans la revue "Science et Avenir" ».
Passionnée par les étoiles et le ciel, elle faisait des observations la nuit. Elle regrettait que le ciel devienne de moins en moins visible à cause des lumières trop abondantes dans la vallée... Ainsi, grâce à Joffrette, se mêlaient dans les jardins la nature, le ciel, la science, la philosophie, la poésie. Et c'était des moments de grand plaisir.
Pour ses 90 ans, en janvier 2008, anciens et nouveaux habitants du village se réunirent autour d'elle. Elle reçut un appareil photo numérique. Christine qui l'assistait techniquement se rappelle de dizaines et dizaines de photos de ciel. « Est-ce que je peux en supprimer ? » « Non, non : regardez : il y a des nuances entre les photos... ou un nuage différent. Laissez tout ».
Son sens de la collectivité et de la convivialité ne s'est jamais démenti. Pas une réunion sans Geoffrette, depuis l'assemblée générale jusqu'à la fête annuelle du village... Lors du mariage d'Anne et Tom, en juillet 2009, elle dansa avec des jeunes gens, impressionnés par cette vieille dame si jeune. Avec Joffrette disparaît une personnalité originale et attachante de notre village que l'on croyait «  immortelle » comme dit Tom.
Comme pour Augusta, Olga, Michel, Raymond, Xavier, nos amis disparus ces dernières années, nous lui gardons une place au chaud dans nos coeurs et essaierons de continuer à faire vivre l'âme du village qu'elle aimait.
D.R.


Journal La Savoie

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