Savoie

Querelle de voisinage... avec arme

vendredi 12.02.2010, 14:00

Sur les hauteurs d'Ugine, deux voisins, deux familles se livrent une guerre intestine depuis une quinzaine d'années. Pour des raisons, apparemment de manque de respect des limites de propriétés.

Le 29 décembre 2009 au soir est la goutte qui fait déborder le vase. Cyril et son père Pascal expliquent au juge, lors de l'audience correctionnelle du 8 février 2010 : « Nous recevions un ami à la maison, nous étions devant la télévision », se rappelle Cyril, « ma petite amie est sortie fumer sur le balcon. Elle a été prise à partie par le voisin qui demandait des explications sur un plan trouvé dans sa boîte à lettres. Elle m'a appelé, je suis sorti. À trois, ils sont venus m'attraper, me traîner sur le parking et me rouer de coups. Mon père voyant ça, a eu peur et est sorti, le fusil en main pour calmer le jeu. Le fusil n'était pas chargé ». Tout semble revenir au calme. « Nous sommes rentrés à la maison et les gendarmes sont arrivés. » Son père Pascal poursuit : « Le voisin avait un plan qu'on n'a jamais eu. Comment on aurait pu le mettre dans sa boîte à lettres ? Il m'a dit qu'il allait m'apprendre à lire un plan... Les difficultés entre eux et nous ça fait quinze ans que ça dure... Oui j'ai mis en joue et j'ai demandé au voisin de partir de chez nous. » Du côté des victimes, la version est tout autre. « Au départ, il y a eu une altercation entre un ami des voisins et notre ami présent ce soir-là », explique le voisin. « J'ai séparé les deux belligérants. Pascal m'a braqué avec son fusil, moi et ma soeur. Pendant ce temps, Cyril a tabassé mon beau-frère. À aucun moment, je n'ai interpellé l'amie de Cyril, ni ne suis rentré sur leur terrain. » Beau-frère qui enchaîne : « j'ai été mis par terre, j'ai pris des coups. J'ai eu l'arcade sourcilière ouverte, un doigt de la main abîmé et quatre jours d'ITT. À aucun moment, je n'ai traîné Cyril... » Cyril se plaint d'avoir pris des coups, le président d'audience s'étonne de ne pas avoir au dossier de justificatif médical  : « Je n'allais pas me plaindre pour un petit bleu... ».
Maître Dumollard pour la partie civile met l'accent sur l'état de santé du beau-frère victime. «  Il est toujours en arrête de travail. Il a été opéré en chirurgie de la main. Je sollicite une expertise médicale et demande 2000 euros de dommages et intérêts. Ce sont bel et bien les prévenus qui ont glissé le plan dans la boîte à lettres de mon client. Le prévenu Cyril soutient la légitime défense, mais elle n'est en aucun cas justifiée. Quand on voit son gabarit face à celui de mon client on peut se demander comment il aurait été en mesure de le traîner et de la rouer de coups. » Le procureur Touret de Coucy souligne l'aspect « inadmissible de cette affaire. On est même allé au-delà et les infractions sont pleinement constituées. Le prévenu Cyril ne peut pas faire valoir la légitime défense, vu les blessures subies par la victime. Son père n'aurait pas dû sortir avec une arme. C'est à proscrire. C'est un délit, il encourt une plus lourde condamnation. » Pour la défense, c'est l'étonnement. « On pouvait légitimement s'attendre à ce que le parquet convoque tout le monde... Ce n'est pas le cas. Selon moi, c'est bien ceux qui sont là comme victimes, qui, sous l'emprise de l'alcool, sont venus chercher mes clients. Cette affaire a un arrière goût d'injustice ! Aucun de mes clients n'a consommé d'alcool, ils sont particulièrement investis dans la vie locale.
Et on se retrouve un peu comme dans Lucky Luke, les "O'Hara" contre les "O'Timmins" (dans "Les Rivaux de Painful Gulch" NDLR). Mes clients sont importunés depuis 15 ans. Des insultes courantes, quotidiennes. Ils ont un potager qu'ils ont dû abandonner, recevant chaque fois qu'ils s'y rendent, des torrents d'injures. Oui Cyril ne s'est pas laissé faire quand trois personnes viennent l'attraper et lui faire dévaler l'escalier. Pascal regrette aujourd'hui d'avoir sorti l'arme, mais ça a fait cesser immédiatement la confrontation. »
Le tribunal a déclaré Cyril et Pascal coupables et les a condamnés, Cyril à une amende délictuelle de 600  E dont 300 avec sursis et Pascal à 1 mois de prison avec sursis et confiscation de l'arme.
L.M.


Justice Ugine

Journal La Savoie

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