Elisabeth Croze est déléguée au forum européen des Roms et des gens du voyage. Également responsable de la Sasson à Albertville, elle commente l'actualité nationale et le retour au pays des Roms ainsi que la situation locale qui tarde à se décanter : les élus devaient annoncer au mois de juin leur choix définitif pour l'aire d'accueil des gens du voyage.
Alors que l'été décline, aucune décision n'a encore été prise.
Elisabeth, est-ce une bonne chose que de payer les Roms pour qu'ils retournent dans leur pays ?
C'est une politique politicienne qui ne résout par le problème de fond. Quand je demande aux roms comment ils admettent de vivre en France dans des conditions aussi misérables, ils me répondent qu'avec nos miettes, ils vivent cent fois mieux que dans leur pays. Pour un résultat plus efficace, il faudrait que la Roumanie, la Bulgarie et l'Union européenne joignent leurs efforts afin de mettre en oeuvre des plans d'action pour intégrer ces populations au sein de leur pays. Dans ce débat, il serait également bon que la France montre l'exemple et fasse les efforts nécessaires pour assimiler ses propres gens du voyage qui sont aussi des citoyens français. Je me répète souvent, mais l'Hexagone est l'unique pays européen à pérenniser un livret de circulation qui date de Pétain. Comme tous les Français, les gens du voyage ont des devoirs, mais ils doivent bénéficier à côté des mêmes droits, ce qui n'est pas le cas. Il faut également oublier les préjugés, effacer l'image du voleur de poules ou du conducteur de Mercedes...
Comment les gens du voyage vivent le débat actuel ? Encore plus difficilement que d'habitude car des amalgames se créent. La grande majorité des associations et responsables nationaux se disent attristés ou scandalisés par les propos tenus, ils font front, mais avancent divisés : chacun a le sentiment d'être exclu plus que l'autre et, au lieu d'unir leurs discours, ils se divisent, chacun rejetant la faute sur le prochain. La situation est humiliante, il faut vite que notre pays leur donne respect et citoyenneté... tant qu'elle ne le fera pas, elle pourra difficilement exiger qu'ils soient eux citoyens et respectueux...
Vous vous battez pour donner la parole à ces communautés depuis des années, vous ne vous sentez pas dans le rôle de Don Quichotte qui lutte contre des moulins à vent ? Oui, des fois je pense à la chanson d'Higelin, "va et ne te retourne pas". Mais je ne baisserai pas les bras, je continuerai jusqu'à la mort partant du principe qu'il y a toujours de petites choses qui évoluent, des mouvements qui se structurent doucement. Mon rôle est de tisser des liens, créer des rencontres, parfois il y a des résultats, d'autres fois non, mais ça fait avancer les choses et cela me donne envie de continuer ce qui est un combat.
Le bassin albertvillois est assez symptomatique de la situation nationale avec une incapacité à trancher dans le dossier des gens du voyage, cela vous désespère ? Voilà douze ans que je suis sur Albertville et je ne me souviens pas avoir senti une telle volonté politique de concrétiser des projets. Il y a des bases, des notions définies, j'ai grand espoir, avant mon départ, d'assister à la construction d'un parc d'accueil qui ne soit pas un parking ou un ghetto mais un lieu de résidence...
C'est-à-dire ?
Un site qui fonctionne sur le même modèle qu'un camping avec pour ses usagers le paiement d'un loyer, de l'eau, de l'électricité : les gens du voyage sont ouverts à ce schéma, à condition qu'ils bénéficient de conditions décentes !
Entretien réalisé par Johan Fabin Journal La Savoie
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