Il revient tout juste de Las Vegas où se déroulait le plus grand tournoi de poker au monde, Fabien Perrot est ce qu'on appelle un joueur de poker professionnel.
Il fait partie des meilleurs au monde mais c'est à la Bâthie, chez ses parents qu'il nous donne rendez-vous, entre deux avions.
D'entrée de jeu, Fabien dévoile ses cartes : il est né à Albertville, il y a 32 ans. Une formation en économie, des études à l'étranger et finalement il monte sa propre boîte en tant que conseiller financier. Comment il est arrivé au poker ?
« J'ai toujours aimé jouer aux cartes. Déjà au lycée on jouait à la belote, à la coinche et parfois au tarot, au poker. » À l'époque c'était le poker fermé, le plus connu avec 5 cartes. Les années passent, Fabien croque le monde de l'Allemagne, à l'Angleterre, en passant par l'Espagne ou l'Autriche, il aime les langues, en parle 5. Il aime aussi les échecs...
« J'ai eu la chance de pouvoir rencontrer Kasparov mais je n'ai pas joué contre lui. » Sa bibliothèque compte plus de 300 ouvrages, des plus anciens au plus récents sur les échecs. Finalement les pions ont laissé place aux cartes en 2005. En France, le poker débarque, Canal plus retransmet des tournois. C'est le début.
« Je regardais les émissions de Bruel et j'étais fasciné par le jeu et par cette nouvelle variante : le texas hold'em. » Première soirée poker entre potes et le lendemain, première mallette de jeu.
« Ensuite j'ai joué on-line, j'ai acheté des livres. » Au fil des pages Fabien se perfectionne, il maîtrise les probabilités, enchaîne les parties tant en live où c'est plus lent que sur la toile. Il travaille encore et encore.
« Le travail est essentiel, sans lui on n'arrive à rien, bien sûr chacun amène ensuite sa petite touche personnelle. » Objectif : réduire au maximum le hasard de ce jeu, même s'il est impossible de l'éliminer.
« C'est-ce qui fait le piquant du poker. N'importe qui est capable de me battre sur un coup grâce à ses cartes. » Le joueur se construit une réputation au fil des mains,
« Je n'ai jamais gagné ou perdu de sommes démentielles car je ne jouais pas gros. L'image du joueur qui va jusqu'à la fin, jusqu'à tout perdre est un cliché. » Prudent, raisonné, raisonnable, Fabien esquisse le portrait d'un homme mûr, la photo d'un joueur sage ou sage joueur. Il connaît les dérives du jeu, la folie des paillettes, l'addiction, l'appât du gain. Il se refuse à y goûter, mesure ses mots.
« Je ne mène pas une vie extravagante, je vis le jour, je dors la nuit. Une folie que je me suis faite ? L'achat d'écouteurs très perfectionnés permettant d'écouter de la musique tout en annihilant les bruits de l'avion. » C'est peut-être ça le secret qui explique aujourd'hui son statut, une simplicité désarmante alliée à une belle lucidité.
Joueur professionnel en 5 ans... 5 ans cela peut paraître court mais dans le monde du poker c'est long.
« Avec Internet, des gamins de 20 ans apprennent en 2 ans ce que certains anciens mettent toute une vie à acquérir autour d'une table. » Tout va donc plus vite. Fabien devient joueur de poker professionnel il y a un an. Suite à un immense "casting" organisé par Everest Poker. 220 000 joueurs, seuls 10 élus dont 3 Français. Il rejoint les meilleurs champions, comme Antoine Saout, dans une team d'exception. Ils sont 5 pros à la conquête du monde du poker.
« Quand je m'assois à une table c'est mon métier. C'est un avantage sur les autres. » Serein, décontracté Fabien déroule son quotidien : ses voyages à travers le monde :
« Ma maison c'est le train ou l'avion » , ses rêves.... Son rêve ?
« Remporter le main event. » Et pour ça, direction Las Vegas. Ça tombe bien il en revient. Cette fois-ci il n'a pas empoché les 8 millions de dollars.
« C'est le rêve de tous joueurs. Mon premier rêve était d'y participer, le second sera de le gagner. » Pourtant ils le savent ils ne sont que 10 % à être primés lors d'un tournoi. 90 % repartent sans rien, si ce n'est la perte de leur droit d'inscription. À las Vegas, pour sa première fois, Fabien, a fait partie des 10 %. Déjà pas mal mais on n'en saura pas plus. Quand on parle de chiffres, il sort son joker. Face à son sourire un brin espiègle et ses yeux clairs, on ne résiste pas : question suivante. Ce qui l'attire dans le poker ?
« Cette émotion à chaque carte. On ne connaît pas le résultat avant d'avoir commencé.
C'est une dure réalité, n'importe qui peut vous éliminer. L'aspect chance reste un élément important. Dernièrement j'ai rencontré un joueur qui en avait exactement 2,8 % de me battre. Il m'a battu. Si demain je rentrais sur un court de tennis je n'aurais aucune chance face à Federer. Au poker, n'importe qui peut se mesurer à un joueur professionnel et avoir une chance de gagner. » Gagner, l'objectif de tous ceux qui se lancent aujourd'hui. Le poker est une vraie tendance à laquelle personne ou presque n'échappe et la légalisation des sites de jeu ne fait qu'accroître le phénomène. Évidemment Fabien y est favorable mais il reste aussi prudent et rappelle les fondamentaux, le travail et... la patience :
« il faut savoir laisser passer les cartes et revenir plus tard. Pour moi le poker c'est avant tout convivial, on parle beaucoup autour d'une table. Cela permet aussi de développer son esprit de réflexion. Pour beaucoup le poker est vicié par l'argent or on peut mettre de l'argent partout, dans des concours de belotes, des courses de chevaux, c'est un faux problème. Ma motivation principale ce n'est pas l'argent mais la sensibilité du jeu. » Cette finesse de stratégie pour déjouer la chance, cette excitation qui grimpe à chacune des cartes, ces signes déjoués... Ils sont peu à être élu pour faire partie des pros. Fabin Perrot en est un, il est Savoyard et il a suffi d'une rencontre, de deux heures, de 36 pages d'un calepin pour cerner un homme discret mais sûr de lui, charmeur et charmant qui souffle une autre image sur le monde du poker. On s'est laissé complètement prendre au jeu et ce n'est pas du bluff.
CINDY GOMES Le blog de Fabien pour suivre son actualité : www.fabienperrot.com Journal La Savoie
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