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Albertville

|Bassin Albertvillois |

vendredi 23.07.2010, 14:00

Le Savoie Rock Fest accuse un déficit entre 40 et 50 000 E

Le Savoie Rock Fest accuse un déficit entre 40 et 50 000 E Le Savoie Rock Fest accuse un déficit entre 40 et 50 000 E

Les comptes ne sont pas encore bouclés, mais Allan Plan sait que son rêve est bel et bien enterré. Le Savoie Rock Fest ne pourra pas se relever de cette édition.

Seulement un millier de personnes sont venues assister au concert les 9 et 10 juillet. Le triple était attendu. Pourtant l'association Savoie Rock Inc avait voulu y croire, malgré un changement de lieu de dernière minute, pour cause de gens du voyage sur le stade de La Bâthie, l'équipe s'était remise au travail à la Halle olympique. Un changement de lieu fatal. Tous les efforts n'auront pas suffi, le déficit s'établit aujourd'hui entre 40 000 et 50 000 euros. Qui va payer, que va devenir l'association, Allan Plan son président nous dit tout. Les yeux cernés, le regard perdu, la voix fatiguée, le jeune homme a reçu un sacré coup sur la tête et sait que les prochains mois seront difficiles.
Où en est l'association aujourd'hui ?
On attend encore des factures comme la Sacem ou d'autres fournisseurs mais une chose est sûre, nous ne serons pas en dessous de 40  000 c'est clair et net. Aujourd'hui le compte de l'association affiche déjà moins 15 000 euros. Si je ne régularise pas tout de suite, c'est moi qui vais être interdit bancaire. Les créanciers me harcèlent tous les jours. Je vis avec la peur que mon banquier m'appelle pour me dire qu'un chèque a été refusé. Je n'ai aucun répit. Il m'est impossible de penser à autre chose.
Comment la situation a pu en arriver là ?
L'association n'avait pas de trésorerie mais on voulait marcher comme l'année dernière avec les pré-vente puis les ventes sur place. On attendait 1 000 à 1 500 personnes par soir. Nous n'en avons eu que 1000 pour le week-end. Dès le vendredi, ça se voyait. Nous avons ouvert les portes à 17 h. J'étais encore optimiste et puis à 20 h, j'ai vu que ça n'arrivait pa. Le samedi au matin, je suis resté 3 heures à regarder dans le vide, totalement décomposé. J'ai même dit que je ne voulais pas aller au festival, je ne pouvais pas assurer. Il fallait déjà qu'on paye des gens le soir même.
J'ai essayé de gagner du temps, de négocier. J'avais déjà investi mon argent personnel, ce sont 8 000 euros que je ne reverrais pas. Vendredi et samedi, certains groupes m'attendaient avant de repartir, ils souhaitent souvent du liquide pour être sûr d'être payé. De mon côté, j'évitais au maximum les régisseurs, je suis resté à l'entrée pour ne pas me confronter à eux parce que je ne pouvais pas payer.
Pourquoi si peu de personnes, l'affiche était énorme, l'organisation rodée... Au départ nous proposions un festival plein air, quand les gens du voyage ont occupé le stade de La Bâthie et que nous nous sommes repliés à la Halle, en intérieur, certains ont choisi de ne pas venir. Les gens recherchent les festivals en plein air, ils sont synonymes de liberté, c'est plus festif, ils campent... L'ambiance n'était pas la même. On avait même l'impression que la scène était plus petite alors qu'elle avait les mêmes dimensions que l'année dernière. Autre difficulté : comme nous devions préserver la glace pour le short track nous n'avions pas d'autres solutions que d'installer le bar en extérieur. Du coup le public ne sortait qu'entre les changements de groupe. Là où l'année dernière le bar marchait en continu, il a marché toutes les 45 minutes. Là c'est un manque à gagner énorme. Au lieu de 95 fûts de bières passés l'année dernière nous sommes à 40. Pour le barbecus nous avions écoulé 600 saucisses par soir, là ce fut 600 dans le week-end... C'est dommage, le festival n'a pas été ce qu'il aurait dû être. Nous sommes passés à côté. En plein air ça aurait été énorme.
Tu sembles amer plus qu'en colère ?
Indirectement j'en veux aux gens du voyage mais en fin de compte, ils ont profité des faiblesses de la loi française. J'en veux aux représentants de l'État qui n'ont pas appliqué la loi. Tout ce que j'espère c'est que nous ne serons pas oubliés. La musique reste une passion, mais j'ai sacrifié ma vie personnelle, ma vie privée, ma vie familiale et sociale pour ce festival. Je ne pourrais pas payer tout seul. Cela représente 3 ans de salaire complet si je veux rembourser.
Quelles solutions s'offrent à l'association ?
On peut dissoudre Savoie Rock Inc. Ce n'est pas le choix que je veux faire par rapport aux gens qui nous ont fait confiance, aux mecs de la sono qui ont travaillé pendant une semaine. L'assurance ne prend pas en compte ce cas de figure. Certains de l'association ont proposé de donner un coup de main.
Aujourd'hui, ma famille me soutient. Des oncles m'ont aidé à leur hauteur pour que je puisse payer des groupes. Je les remercie de cette générosité. La meilleure solution aurait été d'annuler, je n'ai pas voulu le faire par respect du public, aux groupes qui s'étaient engagés, au final c'est moi qui me suis fait avoir. On va dissoudre l'association une fois que tout le monde aura été payé. Comment on va payer, c'est la grande question que je me pose toute la journée, on compte beaucoup sur les subventions des collectivités mais si je dois travailler pour rembourser, je le ferais.
Tu regrettes ?
Financièrement je ne sais plus où j'en suis. Certains créanciers ne veulent rien comprendre. C'est dur à gérer mais je ne regrette pas le travail fait. Personnellement, j'en suis fier, malgré tous les problèmes, on a su se relever. Il a fallu recommencer de zéro à la Halle, les groupes ont bien été accueillis, on avait une super affiche. De janvier à juin, ce festival c'était toute ma vie, j'ai mené les négociations en anglais pour avoir les meilleurs groupes. Pour certains, c'était leur seule date en France. On y croyait en ce festival, les médias nous soutenaient, nous avions beaucoup de partenaires. Bien sûr le changement de lieu explique en partie notre échec, mais je crois aussi que le public n'a pas joué le jeu. On entend souvent qu'il n'y a rien, nous avons proposé l'un des seuls festivals punk-métal sur la région mais maintenant il n'y aura plus rien. Le Savoie Rock Fest est mort. Il ne pourra plus exister on n'a plus aucune crédibilité. Si celui-là avait marché nous avions déjà l'envie de faire 2 scènes, avec des groupes plus importants... Comment tu vois l'avenir ?
Ça m'a mis un coup derrière la tête. Beaucoup de choses me dépassent. Maintenant je ne demande qu'à tourner la page. Tout cela va me manquer, mais je ne veux plus me faire chier. Organiser un festival c'est sacrifier sa vie, c'est trop.

Quoi qu'il en soit, c'est encore un coup dur pour le monde du rock en deuil qui a déjà enterré Rock au fort et Ugine City Rock.

Propos recueillis par Cindy Gomes

Journal La Savoie

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