Qu'on lui demande d'exprimer sa vie d'un seul mot, Jackie Roux, pourrait retenir "altruisme". Qu'elle réalisa son rêve d'être journaliste ou qu'elle devint la mama fondatrice d'associations très actives sur Albertville pour les personnes handicapées ou la chanson, cette femme généreuse a toujours milité pour qu'on parle de tous ceux dont justement on ne dit pas assez, pour qui on ne fera sans doute jamais trop.
Portrait d'une femme infiniment sensible, exubérante, travailleuse et d'une opiniâtreté sans bornes.
Si une chose la révolte plus que tout chaque jour, « c'est quand on n'aide pas ! » Alors au nom de cet état d'esprit, de cette lutte incessante, vocation où sans doute elle s'oublie un peu elle-même, Jackie mobilise, ne manque de verbe et de geste pour convaincre, investit le terrain de ses engagements comme peu savent le faire. La militante d'un monde meilleur pour tous, répète inlassablement
« Il y a besoin que tout le monde se mobilise ».
Tout, chez elle, semble s'être cristallisé dans ses années d'enfance et de jeunesse. La perte de ses parents, l'orphelinat, la famille d'accueil, Jackie a connu la douleur affective, le manque,
« quand tu as eu une vie difficile, tu vas donner aux autres ce dont tu as manqué. Déjà toute jeune, je faisais les patronages, les colos, j'ai été accompagnatrice pour les voyages du 3e âge. Cela me payait mes vacances... »
J'ai toujours voulu
être journaliste En remontant les souvenirs en repassant une vie au crible de ses jours, Jackie trace des correspondances, de ces coïncidences entre les choses qui fint entrevoir une main, un doigt qui l'aurait placée, guidée là où son existence s'est remplie.
« Je suis rentrée pour trois mois à l'ORTF, j'y suis restée, je suis rentrée pour trois mois au Dauphiné Libéré, j'y suis restée.
» L'ORTF c'était il y a une éternité, une éternité d'amour. Celui qui vous laisse comme une marque lumineuse dans votre boîte à sentiments et à souvenirs. Écoutez-la raconter ces moments à part d'une autre époque et sur lesquels elle va bientôt plus largement revenir dans un livre qu'elle se plaît à écrire.
« J'arrivais de mon Bergerac natal. À 19 ans, je sortais de l'orphelinat, on était en 1970. Pour des vacances, je suis montée à Paris avec ma meilleure amie, la fille de la famille qui m'accueillait. On est allées visiter l'ORTF, c'était l'époque de Guy Lux, les Routiers sont sympas... On croise un gars de chez nous, qui se faisait passer pour un vicomte et nous a fait le baisemain et qui nous dit : "On cherche des gens pour l'été, ça vous intéresse..." » Pardi oui, qu'elle était intéressée la jeune Jackie.
« C'était mon rêve de toujours, devenir journaliste. Je disais toujours à mes copines je serais journaliste. J'écrivais déjà dans un journal jeunes de Bergerac... Ils m'ont prise et j'ai fait un remplacement de secrétariat dans leur service de coopération, ils installaient des antennes partout dans le monde. Je bossais bien, vite, plus vite que celles qui étaient en place. Ils m'ont gardée et j'ai rejoint le service de presse. Pour six mois. Je tapais des petits communiqués pour des journaux comme Télé 7 jours... Le plus intéressant c'est que j'assistais à toutes les émissions. J'étais devant dans les studios de tournage, on me voyais à la télé. Quand je rentrais à Bergerac, j'étais littéralement devenue la vedette ! » D'un poste à l'ORTF, elle rejoint Cognac Jay. Les années d'explosion de la télé française, des temps que les moins de vingt ans ne peuvent... « A la 2e chaîne avec Pierre Sabbag. J'ai pu prendre des cours d'attachée de presse et j'y suis restée jusqu'à la division en 7 sociétés. Je travaillais avec Jo Charpin. » D'un pas, elle poursuit sa carrière à la SFP (société française de production).
« Avec Jean Drucker aux Buttes Chaumont. Grâce à lui, je suis entrée au Théâtre de l'Empire. » Le Théâtre de l'Empire (la SFP l'avait racheté en 1975) c'était Jacques Martin et les Bon dimanches en direct, Dimanche Martin, la fameuse École des fans ; c'était aussi Mardi cinéma, la cérémonie des César...
« J'ai travaillé avec Jacques Martin jusqu'en 1980. J'ai quitté cette année-là la télé pour venir en Savoie, à Pralognan. Pour suivre mon ex-mari et père de mon fils. » De la presse audiovisuelle, des feux de la rampe de la télé, elle va intégrer la presse écrite. Une autre existence personnelle et professionnelle commence dès lors pour elle. De trois mois de remplacement au Dauphiné Libéré à Grenoble elle va y demeurer salariée 28 ans.
« De pigiste à chef d'édition, j'ai tout fait. J'ai bossé énormément. J'avais et j'ai toujours l'impression de devoir quelque chose à quelqu'un. » Ce qui la caractérise on ne peut mieux et va poser progressivement un personnage exubérant, incontournable, parfois excessif, mal perçu, mais ô combien pardonné et pardonnable tant sa force de générosité est indéniable.
« 14 ans à Grenoble, 15 à Albertville et il y a deux ans, une mutation à Chambéry. Que j'ai refusé ! Je tiens à dire à ceux qui ne le savent pas ou qui le laissent entendre, que je n'ai pas été virée du Dauphiné. » D'une activité débordante, dont elle ne savait se passer même durant ses congés, elle plonge à 200 % dans un tout aussi bouillonnant investissement associatif.
La solidarité toute sa fibre Sabbagh, Drucker, Martin, Collaro, Dray, le service des sports, l'envolée de la télé... Jackie a-t-elle des regrets d'une époque grandiose ?
« Quand j'ai quitté les studios, ce n'était déjà plus la télé en direct ; on enregistrait le samedi et on diffusait. » Dans le timbre de sa voix, on sent la perte d'une sensation unique, le rapport aux choses, au terrain de reportage, aux gens, à l'action.
« Si je préfère la télé ou la presse écrite ? Aujourd'hui, la presse écrite parce que je n'aime pas la télé actuelle. La télé c'était une famille et ensuite tout le monde s'est mis à se marcher dessus, plongeant dans l'audimat et la production privée, dans l'argent, dans la froideur de l'image. Il n'y a plus d'âme ! Cette télé ne me plaît plus.
Mais à vrai dire comme la presse écrite ce n'est plus ce que c'était. On allait sur le terrain, on revenait la valise pleine... » Mais et si elle était restée tout de même à la télé ?
« J'aurais aimé faire de la production d'émissions de variétés. » La Marity et Gilbert Carpentier albertvilloise est manifestement en train de rattraper, voire de dépasser ses espérances. Par tous les spectacles qu'elle monte et produit chaque année avec pour objectif de récolter des fonds à destination des personnes dans le besoin.
« J'ai toujours trouvé le temps de l'associatif, du théâtre à la Croix-Rouge, des clubs sportifs auxquels participait mon fils... le rugby, le foot... » Le bénévolat comme dépassement de soi. « J'étais à Aval, depuis 1986 je participe au don de moelle osseuse. LA Croix Rouge où j'ai été coordinatrice presse. Ça me prenait trop de temps. » Elle fonde l'association pour Jojo, les spectacles caritatifs désormais au Dôme théâtre font chaque année le plein, elle est à la création, avec Tony Tullimero, du festival de la chanson italienne, du mouvement de solidarité pour le petit Diogo, avec le comité des fêtes elle impose tous les étés une série de radio-crochet dont la réputation et le succès ne cessent d'augmenter, on la retrouve aux côtés de l'association pour Grégory Lemarchal, de la Sapaudia-Monoïkos.
« J'aidais à travers le journal et personnellement, je n'ai jamais vraiment arrêté. » Elle rassemble de l'argent qui aide les familles, les enfants.
« Les familles des handicapés, si elles n'avaient pas les associations elles ne sortiraient jamais de chez elles, elles n'auraient pas les moyens de s'équiper, c'est beaucoup trop cher. » Jackie crie à l'injustice faite à ces familles, à l'isolement, au délaissement de la société.
« C'est parfois épuisant de lutter quand on voit ces injustices perdurer ! » alors elle se bat, elle fédère, réunit les associations, mobilise.
« Je serai officiellement à la retraite le 1er février 2011, je ne vais pas m'arrêter, je continuerais ! » A faire avancer de jeunes chanteurs, les mettre en avant, leur donner leur chance. C'est aussi un de ses espoirs.
« Il me tomberait une grosse somme d'argent, j'aiderais plus d'enfants avec plus de moyens, j'aiderais plus ces jeunes chanteurs. » Rêve-t-elle d'une star academy albertvilloise ?
« Non ça n'a rien à voir. Dans ces émissions, ils choisissent des stéréotypes et pas des chanteurs. Pour faire de l'audience uniquement. » Sa principale qualité : gentillesse, disponibilité, son principal défaut : trop demander aux gens, trop exigeante. Si vous empruntez ses pas, vous le mesurerez sans doute, mais quand elle fait parler le don, qu'elle produit du sens et de la solidarité, la réussite et de formidables mercis ont de fortes chances de vous accompagner.
L.M.
Journal La Savoie
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